[Fan-fic] D'humains à cyborgs (l'histoire de C-18 et C-17)

Vous customisez vos figurines ? Vous créez des dioramas ou avez d'autres projets en tête ? N'hésitez pas à mettre vos réalisations ici ou à nous en parler. Les tutoriaux sont les bienvenus !

[Fan-fic] D'humains à cyborgs (l'histoire de C-18 et C-17)

Messagepar San999 » Sam Juil 28, 2007 21:00

[edit]J'ai décidé d'actualiser cette vieille fanfic, en améliorant les descriptions et en modifiant certains noms. Donc, ceux qui l'ont déjà lue, c'est pas indispensable de la relire une deuxième fois, car il n'y a aucun changement majeur. Mais si vous en avez envie, faites-vous plaisir. ^^[/edit]

Bien, voici, une autre fanfic. Elle complètement différente de ma parodie, puisqu'elle est sérieuse, en fait c'est même une histoire assez triste. Elle s'éloigne donc de l'ambiance habituelle de Dragonball. À vous de voir si vous aimez ou pas...

Je suis un fan inconditionnel de N°18 et j'aime aussi beaucoup son frère, N°17. Je me suis donc toujours demandé quelle était leur vie avant leur cybernétisation (et aussi quels étaient leurs noms) et comment celle-ci s'était passée. J'ai donc décidé de raconter leur histoire. Voici donc l'histoire de N°17 et N°18, alias Hazel et Maron (oui, j'ai décidé de lui donner le nom de sa fille, mais j'ai mes raisons). Bien commençons par le premier chapitre:


Chapitre 1: Démon




Les deux enfants fuyaient. Ils fuyaient leur maison, l’endroit où leurs parents venaient d’être froidement assassinés par un monstre aux allures démoniaques. Leur père avait pourtant été sacré champion du monde des arts martiaux pour la deuxième fois huit ans auparavant. Mais il n’avait strictement rien pu faire.

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Comme il en avait coutume quand la météo le permettait, leur père les entraînait dans le jardin, une grande pelouse entourée d'arbres fruitiers et de fleurs diverses, ponctué ça et là de petits espaces couverts de pierres blanches et lisses. Dans sa robe à fleurs légère, leur mère les observait, souriante, replaçant derrière son oreille, une des mèches de sa longue chevelure ébène retenue partiellement en chignon. Elle appréciait ces moments, les moments où son mari transmettait sa passion des arts martiaux à ses enfants. Il espérait les inscrire au championnat du monde quand ils seraient en âge. Ils étaient déjà plutôt doués. Il leur enseignait le kurumisenryu, sa propre école de combat, dans cette campagne montagnarde où s'isolait leur petite maison ronde avec en annexe, un dôjô dont la structure était en bois, mais les murs en une espèce de tissu blanc.

Ses longs cheveux blonds attachés en une simple queue de cheval, dans un gi au haut blanc et au bas rouge, retenu par une ceinture noire, il montrait des mouvements de son art à ses enfants. La jeune femme riait légèrement en observant sa fille imiter son père. Elle avait l'impression de regarder une version miniature et féminine de son mari, la petite allant jusqu'à imiter sa coiffure. Le frère de celle-ci avait en revanche hérité de la chevelure sombre de sa mère, bien que coupée courte. Son regard, cependant était le même que celui de son père et de sa soeur, un regard en amande reflétant la couleur du ciel de cette magnifique journée.

C’est à ce moment qu’il apparut. Il arriva du ciel. Toute la famille était éberluée devant cet étrange visiteur. Il avait une peau écailleuse et verte, flanqué sur le dos de grandes ailes de chauve-souris, une crête sur la tête, les oreilles pointues, torse nu et un regard cruel.

Le père se reprit vite et interpella l'individu d’une voix ferme : « Qui êtes-vous ? Et que faites-vous chez moi ? Partez immédiatement si vous ne voulez pas d’ennuis ! » La seule réponse du nouveau venu fut : « Je suis venu te tuer. » L’homme à qui la menace était adressée passa d’un air surpris à un air narquois : « Keuf ! Tu ignores à qui tu as à faire ! »

Cependant l’autre se contenta de sourire cruellement. Il apparut soudainement derrière sa proie, celle-ci eut juste le temps d'éviter un coup qui visait sa nuque. Le combattant s’éloigna alors de son adversaire.
« Oh ! Tu te débrouilles pas mal ! » ricana la créature.
« C’est plutôt moi qui t’ai sous-estimé, on dirait… Puis-je savoir pourquoi tu veux me tuer ?
- Niiih ! Disons que je suis chargé de tuer tous les experts en arts martiaux.
- Comment ? »

Mais déjà l’assaillant se précipita sur l’homme, ce dernier esquiva encore de justesse l’attaque que son adversaire s’apprêtait à lui asséner. Il riposta en tentant un coup de pied, mais le monstre le saisit à la jambe et lui frappa la colonne vertébrale, le mettant ainsi à terre. L’ex-champion cracha du sang et gémit en se tenant le dos. Sa famille poussa un hurlement horrifié. Les deux enfants se lancèrent alors furieusement sur le démon : « Papa ! Salaud ! ! » Mais celui-ci les repoussa d’un revers de la main : « Dégagez les mioches ! » Leur père, hors de lui, se releva et parvint à infliger un coup à son ennemi qui se retrouva projeté au sol : « Ne touche pas à mes enfants ! !
- Sale insecte ! Comment un être inférieur comme toi peut-il oser lever la main sur moi ? ! Crève ! »

Il ouvrit alors la bouche et une sorte de rayon lumineux en sortit, transperçant de part en part le fondateur du kurumisenryu. Ce dernier s’écroula à terre, une marre de sang sous son corps. Il était mort. Les deux enfants étaient paralysés, encore étendus sur le sol. Incapables de faire autre chose que de fixer le cadavre de leur père gisant juste devant eux. Le rayon était passé à quelques centimètres au-dessus d’eux. L’assassin les regarda avec un rictus sadique : « Alors les têtards, on ne fait plus les malins ? »

Ils étaient totalement désemparés et ne purent que répondre par des bégaiements inaudibles. Le meurtrier se détourna alors des enfants, sortit un tas de papiers de son pantalon, en déposa un sur le corps de leur père, en déchira un autre, puis regardant le tas, marmonna : « Hmm… Voyons… Le sixième sera… Giran ! » Il s’envola et disparut.

Les deux enfants restèrent encore un long moment à terre, tétanisés, incrédules de ce qui venait de se passer. Non, leur père ne pouvait pas s’être fait tuer ! Ils étaient tellement choqués qu’ils ne réalisèrent pas tout de suite qu’il était anormal qu’ils n’entendissent plus leur mère. Ce fut la fillette qui revint à la réalité en premier, elle regarda par-dessus son épaule et vit sa mère gisant sur le gazon du jardin. Du sang coulait aussi autour de celle-ci. Le rayon qui les avait seulement frôlés n’avait en revanche pas manqué leur mère. Cependant, la petite fille se trouvait dans un tel état mental qu’elle resta apathique. Elle se leva, attirant l'attention de son jumeau qui sortit ainsi de son engourdissement. Elle avait la tête tournée en direction de sa mère, ce qui attira aussi le regard du petit garçon. D’abord stupéfait, il se mit soudain à hurler. Il recula alors, toujours à terre, il se heurta au corps de son père. À ce moment, il éclata tout à fait en sanglot, se leva et courut hors de la propriété. La fillette encore dans un état second, réalisa tout à coup que son frère quittait la maison et qu’elle allait se retrouver seule. Elle se mit donc à le poursuivre, pas seulement parce que son frère était le dernier proche qui lui restait, mais aussi car elle voulait fuir cet endroit, fuir le bouillonnement de panique qui commençait à chasser sa torpeur.

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Ils couraient donc depuis un moment, à travers des champs fleuris, sous un ciel toujours aussi bleu et sans nuages. Mais pour aller où ? Leur maison était isolée et la prochaine habitation était à des kilomètres. Ils résidaient dans une montagne peu peuplée. Finalement fatigués, ils s’arrêtèrent lorsqu'ils atteignirent l'une des nombreuses forêts de bambous qui entouraient leur domicile. Le garçon pleurait toutes les larmes de son corps. La petite fille était complètement dans le vague.

Ces enfants arrivaient à leur dixième année. Ce n’étaient évidemment pas de vrais jumeaux, mais ils se ressemblaient énormément physiquement. Ils avaient tous les deux les traits fins et des yeux perçants d’un bleu cristallin. Seuls leurs cheveux se distinguaient, alors que ceux du jeune garçon étaient aussi noirs que de l’ébène et coupés ras, ceux de la jeune fille brillaient d’un blond doré, attachés en queue de cheval. En revanche, ils différaient beaucoup de caractère. Lui était plutôt extraverti et bavard, alors qu'elle était plus calme et difficile à cerner. Cependant ils étaient tous deux mûrs pour leur âge, mais leur maturité ne les avait bien entendu pas préparés à affronter une telle épreuve.

Il y eut un long moment de silence, pendant lequel les deux enfants soufflaient. Aucun des deux ne regardait l’autre. Le garçon cessa de sangloter, mais il avait encore les larmes aux yeux, tandis que la fille gardait son air absent.
« Mâ… Mâron, dis-moi que ça ne s’est pas passé ?
- Si, nos parents ont bien été assassinés sous nos yeux, Hazel. » Celui-ci fut horrifié par la froideur de la voix de sa sœur.
« Mais… Mais c’est impossible ! Notre père a été deux fois champion du monde !
- Et pourtant, c’est arrivé… »
Pendant un instant Hazel oublia ses parents. Mâron l’inquiétait. Complètement hagarde, elle donnait l’impression de ne rien ressentir. Elle avait le regard complètement vide. Et malgré que ce soit elle qui tenait le discours le plus sensé, elle semblait complètement déconnectée de la réalité.
« Mâron, tu…
- Retournons là-bas… »
Le garçon se figea : « Tu… Tu veux retourner là-bas… ?
- Et que veux-tu faire d’autre ? Aller voir la police ? Tu crois qu’ils croiront des enfants qui leur diront qu’un démon venu du ciel a assassiné leurs parents avec un rayon lumineux sortant de sa bouche ? De toute façon le prochain lieu habité est à des kilomètres. »

Il fut pétrifié par les paroles de sa sœur. Mais elle avait déjà commencé à marcher en direction de leur maison. Hazel n’eut d’autre choix que de la suivre. Durant tout le trajet ils n’échangèrent pas un mot. Mâron ne lança pas même un coup d'oeil à son frère. Ce silence et cette inexpressivité ne semblaient pas naturels et cela inquiétait grandement le garçonnet. Elle ressemblait énormément à leur père, tout comme celui-ci, il avait toujours été difficile de deviner ses pensées et elle n’avait jamais été très expansive. Mais à ce point là et dans de telles circonstances ! Chaque fois qu’il plongeait ses yeux dans son regard, il n’y voyait que du vide, un vide effrayant. Malgré son désir de sortir sa sœur de ce néant, il n’osait lui parler. Il était terrifié à l’idée d’entendre à nouveau la voix glaciale et sans émotions de Mâron.

Hazel avait cependant retrouvé un calme relatif, tout du moins ne sanglotait-il plus depuis un moment. Mais à mesure qu’ils s’approchaient de là-bas, une foule d’émotions l’envahissait et son esprit s’embrouillait. Il pensait aux cadavres de ses parents baignant dans leurs sangs. Il ne parvenait pas à se débarrasser de ces images auxquelles se juxtaposaient d’autres souvenirs, ceux de la journée avant son arrivée. Le réveil, le petit déjeuner, le sourire de sa mère, l’air inébranlable de son père, une émission télé, l’entraînement avec son père, la pause pour le déjeuner, la reprise de l’entraînement, l’arrivée de l’inconnu, l’assassinat de ses parents, la fuite, le regard vide de Mâron ; tout se mélangeait dans son esprit. Plus ça allait, plus cela lui semblait irréel. Tous ces événements ne pouvaient avoir eu lieu dans la même journée ! Il se sentait aspiré par le néant dans lequel se trouvait déjà sa sœur.

Ils finirent par arriver. Mâron entra la première, son frère paraissait comme paralysé. Étrange, elle avait voulu échapper à ce lieu, et pourtant elle avait finalement décidé de revenir d’elle-même. Plus elle avait mis de distance entre elle et sa maison, plus elle avait senti sa panique muette se transformer en un néant indéfinissable. Une fois que son frère, le dernier être, non, la dernière chose à qui elle pouvait se raccrocher au moment de leur fuite, s’était arrêté, elle se rendit compte que s'éloigner de ses parents en le suivant ne faisait qu’amplifier cette sensation de vide. Même si ça devait la déchirer, la seule chose qu’elle pouvait faire pour ne pas sombrer dans ce noir absolu, était de retourner là d’où elle venait et d’affronter cette réalité.

Elle entra donc dans le jardin. Elle observa les corps de ses parents. Elle regarda les expressions figées sur leurs visages. Leurs deux parents avaient des yeux aussi cristallins qu'eux, mais ceux de leur mère étaient moins perçants et tirant plus vers le vert. Ils avaient hérités de ses traits fins, mais pas de son teint légèrement bronzé. Leur père avait un physique à l'opposé, imposant, mais leur avait transmis son teint pâle et son regard. Mâron sentit quelque chose de chaud sur son visage et ses yeux s’embuèrent. Elle toucha une de ses joues, des larmes. Enfin elle pleurait. Elle sentit ce vide éclater et laisser place à une douleur vive. Elle s’écroula sur ses genoux et se mit à verser un flot de larmes silencieusement. Soudain, elle sentit une main sur son épaule. Son frère. Il n’y avait plus cette terreur dans ses yeux, juste une infinie tristesse. Étrangement, sans qu’elle puisse se l’expliquer, elle crut y apercevoir aussi une sorte de soulagement. Il s'assit alors derrière elle, pendant qu'elle pleurait sans un bruit. Ils restèrent ainsi un long moment. Puis Mâron, toujours les larmes aux yeux, se leva et dit : « Nous devons les enterrer et leur faire une sépulture digne de ce nom. Nous leur devons bien ça. » Hazel ne répondit d'abord rien, mais finit par acquiescer silencieusement.

Mâron essuya ses larmes, se leva, se dirigea vers la cabane du jardin, y pénétra et en ressortit avec deux pelles. Le frère et la sœur se regardèrent mutuellement, ils ne dirent pas un mot, mais chacun comprit. Ils décidèrent que sous le peuplier du jardin était le meilleur endroit pour les sépultures de leurs parents. Silencieusement, les deux enfants se mirent à creuser. Aucun des deux ne sembla s'apercevoir de l'affreuse étrangeté de la situation. Ils creusaient des tombes pour leurs propres parents dans un coin de leur jardin. Ils ne pouvaient procéder à tout ce qu'une cérémonie mortuaire aurait exigé. De plus, qu'allaient-ils faire ensuite ? Continuer à vivre dans cette maison, avec leurs parents enterrés dans le jardin ? Partir ? Mais où ? Et qu'adviendrait-il ensuite de la maison et de leurs parents ? Mais ce dernier hommage aux personnes qui les avaient élevés, était probablement la seule chose qu'ils pouvaient faire, même si la situation était sordide. Malgré leur jeune âge, la force développée durant l'entraînement qu'ils suivaient avec leur père leur permit de creuser les tombes sans trop de peine.

Une fois leurs deux parents mis en terre, les enfants tentèrent tant bien que mal de faire une cérémonie conforme à ce qu'ils avaient vu lors de la mort de leur grand-mère deux ans plus tôt. Ils gravèrent les noms de leurs parents sur des stèles improvisées avec des morceaux du plancher du dôjô, ils les enfoncèrent dans le sol au-dessus du tumulus. Nato. Dona. Des inscriptions modestes. Puis ils plantèrent deux bâtons d'encens dans un bol rempli de sable pour chacun des deux défunts. Ils se recueillirent un long moment, mais sans faire de prières. Les deux enfants n'échangèrent pas un mot durant tout ce temps. Après cela, ils cessèrent même tout contact visuel, chacun d'eux restant prostré dans un coin de la maison tout le reste de la journée. Ils auraient été insondables pour toute personne qui serait venue. Ils finirent par s'endormir chacun dans son coin.

Deux jours s'écoulèrent sous un temps frais, mais agréable, seuls quelques gros nuages blancs traversaient parfois le ciel bleu, une petite brise soufflait par moment. Le frère et la sœur restèrent dans cette maison, silencieux, se lançant uniquement des regards de temps à autre. Le silence aurait été pesant pour n'importe qui. Eux ne ressentaient pas le besoin de se parler, mais la présence de l'autre les rassurait. Ils erraient dans la maison, vacant à des occupations sans importance. Parfois, l'un des deux se figeait à un endroit de la demeure et restait les yeux perdus dans le vague, se remémorant un quelconque souvenir, mais aucun d'eux ne versa plus une larme. Ils portaient toujours les mêmes kimono.

Au bout de ces deux jours le ciel s'assombrit soudainement et inexplicablement. Il était parfaitement noir. Pourtant il faisait plein jour et il n'y avait que quelques nuages dans le ciel. Par ailleurs, même s'il avait fait nuit, de telles ténèbres seraient restées incompréhensibles. Pour la première fois depuis longtemps les deux enfants eurent une expression sur leur visage, la stupeur. Ils se précipitèrent à l'extérieur pour mieux voir ce qui se passait.

Hazel brisa le silence de deux jours : « Qu'est-ce… Qu'est-ce qui se passe ? »
Mâron resta interdite. Après les terribles événements de deux jours auparavant, les deux enfants n'y voyaient pas un signe de très bonne augure. Ils se demandaient si le démon assassin de leurs parents n'y était pas pour quelque chose. Le meurtre de leur père n'était-il qu'un prélude à une invasion démoniaque ? Soudain le ciel redevint clair comme il était devenu sombre. Les deux jumeaux n'y comprenaient rien. Ils se regardèrent d'un air inquiet. Quand soudain Hazel remarqua que les yeux de sa sœur s'étaient figés au-dessus de son épaule. Il se retourna alors et vit quelque chose qui le mit dans le même état que Mâron. Les tumulus bougeaient comme si quelque chose les poussait depuis le dessous. Tout à coup un bras sortit du sol, puis un autre, et leurs deux parents se dressèrent, hagards.

Ils étaient assis encore à moitié couverts de terre et terriblement sales, mais aucune trace de blessures, si ce n'étaient leurs vêtements encore maculés de sang. Les deux adultes se regardèrent, interloqués. Le père dit alors : « Nous… Nous n'étions pas…
- … Morts ? » la phrase fut terminée par le mari et la femme en même temps.
Puis leurs yeux se portèrent sur leurs deux enfants, encore paralysés et tout tremblants. Ils se fixaient les uns les autres, incrédules, incapables de faire ou de dire quoi que ce soit.
La mère coupa le silence : « Ha… Hazel ? Mâron ? »
Ces derniers se figèrent encore plus. Leurs deux parents se levèrent de leur tombe improvisée, titubants. Mâron balbutia alors : « Ma… Maman ? Papa ? Vous… Vous êtes vivants ? »

Ceux à qui la question s'adressait restèrent un moment bouche bée, ne comprenant pas ce qu'il se passait, eux non plus. Ils ignoraient eux-mêmes s'ils étaient vivants ou s'ils avaient jamais été morts. L'endroit dont ils revenaient avait été si horrible… Ils avaient erré en un espace complètement indéfinissable, seules la souffrance et la terreur pouvaient qualifier ce néant dans lequel ils s'étaient retrouvés. Mais ce lieu cauchemardesque, où ils avaient l'impression d'être restés une éternité, semblait si réel, qu'ils s'en demandaient si ce n'était pas ce monde-ci qui était une illusion. Finalement, encore hésitante, la mère répondit : « Oui… Oui, je crois… »

Des larmes de joie commencèrent à couler le long des joues des deux enfants. Ils se précipitèrent alors sur leurs parents, en criant leur joie. Ils s'agrippèrent alors de toutes leurs forces aux miraculés, éclatant en sanglot. Les deux adultes les prirent dans leurs bras. Mais la joie qu'ils ressentaient à présent ne parvenait pas à effacer totalement le sentiment de terreur oppressante qu'ils avaient ressentie durant les jours où ils étaient morts et avaient affronté les pires calvaires…

Mâron et Hazel se mirent à poser tout un tas de questions à leurs parents sur ce qui s'était passé durant leur mort, mais ils n'obtinrent qu'un silence inquiétant comme réponse à chacune de leurs interrogations. À bout de nerf, le père finit par leur hurler avec une colère dans la voix que les enfants ne lui connaissaient pas : « Ça suffit avec votre interrogatoire ! Je ne veux plus en entendre parler ! Vous avez entendu ? ! Plus jamais nous ne reparlerons de cette histoire ! » Les jumeaux en eurent un mouvement de recul. Ils regardèrent leur mère qui restait étrangement murée dans son silence. Ils se turent alors.

Ils rentrèrent dans la maison, mais au lieu de fêter le miracle qui avait eu lieu, les parents s'enfermèrent dans leur mutisme, et les enfants circonspects en firent alors de même. Ce ne fut qu'au moment ils allaient se coucher que leur mère les arrêta. Les enfants se retournèrent, attendant qu'elle parle ou fasse quelque chose. Elle se tint un moment immobile devant eux, le visage bouleversé. Soudainement, elle s'agenouilla et les prit dans ses bras, elle leur murmura : « Je… Je suis tellement heureuse de vous retrouver… »

Elle se mit alors à pleurer. Ses enfants aussi. Mais pendant que les trois pleuraient silencieusement, le père les regardait sans dire un mot, avec sur le visage une expression que sa fille et son fils auraient été bien en peine de décrypter.

Quelques jours plus tard, ils apprirent que le Démon Piccolo s'était intronisé roi du monde, mais que le même jour un petit garçon inconnu l'avait vaincu et que le démon avait disparu en même temps que Naka no Miyako, qui avait, paraît-il, été complètement rasée. Chacun des membres de la famille fit le rapprochement avec ce qui s'était passé chez eux, sans toutefois en être sûr. Cependant ils n'en parlèrent pas entre eux, ces événements étant en quelque sorte devenus tabou.

Les jours passant, les choses semblaient revenir à la normale. Chacun d'eux faisait ce qu'il avait coutume de faire. Nato poursuivit l'entraînement des enfants. Dona continua leur enseignement, en effet elle avait pris ce rôle d'institutrice car, se trouvant loin de tout, le couple avait jugé préférable de faire leur scolarité à domicile. La famille reprit le cours normal de sa vie. Cependant, les choses avaient insidieusement changé. Tout le monde le sentait, mais on s'efforçait de faire comme si tout allait bien. Quelques semaines plus tard, ils vendirent la maison et déménagèrent dans la grande ville du nord, Kita no Miyako.
Dernière édition par San999 le Jeu Fév 09, 2012 14:30, édité 6 fois.
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Messagepar PaPoY » Sam Juil 28, 2007 22:58

mes félicitations :D j'ai bien kiffé meme si effectivement c'est un peu sombre :roll: vivement la suite :D
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Messagepar San999 » Dim Juil 29, 2007 20:55

Merci! Content que ça te plaise! :D La suite viendra dans une semaine, en principe. :wink:
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Messagepar BejitaSama » Dim Juil 29, 2007 21:41

Superbe San !

Vraiment, je suis totalement prit dans l'histoire !
Toutes les références et anecdotes à DB sont fabuleusement trouvées, c'est génial d'avoir une explication sur le background de 2 personnages que j'apprécie énormément. Et puis, j'aime les histoires sombres ^^

Encore bravo et continue comme ça !
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Messagepar San999 » Dim Juil 29, 2007 22:06

Merci beaucoup! :D

En fait, j'ai essayé de faire que dans chaque chapitre, il y ait une référence à l'univers de Dragonball, car comme l'ambiance de ma fanfic est assez différente, je voulais quand même trouver un moyen de rattacher l'histoire à l'oeuvre originale.
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Messagepar Majin Bejita » Dim Juil 29, 2007 22:47

Bravo, trés bonne histoire qui malgrés le fait qu'elle soit assez sombre tient en haleine.

Les clins d'oeil à DB sont bien choisis finement incorporés dans la trame principale.

Il y a bien quelques petites fautes d'orthographe et de français, mais avec un texte aussi long, qui n'en ferait pas :D

En tout cas, vivement la suite et encore bravo :D
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Messagepar San999 » Lun Juil 30, 2007 08:41

Merci beaucoup! :D
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Messagepar San999 » Sam Aoû 04, 2007 12:49

Chapitre 2: Une journée d'entraînement




Ils avaient donc déménagé à Kita no Miyako qui était à des milliers de kilomètres de leur montagne, dans un appartement plutôt banal, trois chambres et un salon aux murs très blancs, un petit balcon, une cuisine assez spacieuse et une petite salle de bains aux carelages blancs. Nato et Dona avaient prétendu qu'ils voulaient inscrire Mâron et Hazel dans une vraie école, mais les enfants savaient que ce n'était qu'un prétexte et que leurs parents voulaient avant tout partir de cette maison. Ils y étaient restés quelques semaines, après la résurrection miraculeuse du couple. Ils avaient tenté de reprendre une vie normale, mais n'y étaient pas parvenus. La mère était toujours ailleurs, perdue dans ses pensées. Il lui arrivait fréquemment de se réveiller en hurlant et en tremblant, il était alors très difficile de la calmer. Les enfants aussi faisaient des rêves horribles sur la mort de leurs parents. Ils soupçonnaient leur père de faire des cauchemars aussi, mais si c'était le cas, il ne laissait rien transparaître. Par ailleurs cette tendance à contenir ses sentiments qu'il avait toujours eue, se renforça. Il s'était transformé en quelqu'un de très dur et glacial. Il se montrait intransigeant, particulièrement avec ses enfants lors de leur entraînement. Il était devenu obsédé par la force. Il voulait à tout prix devenir plus puissant faire de même avec ses enfants. Alors qu'il avait toujours insisté sur la discipline des arts martiaux et l'épanouissement personnel qu'elle apportait, il ne se concentrait plus que sur les capacités au combat pures. Ses entraînements s'étaient mués en vrai calvaire pour Mâron et Hazel. Dona et Nato espéraient donc qu'en déménageant, ils finiraient par oublier et que tout rentrerait dans l'ordre. Ils avaient tort…

Nato entraînait Mâron et Hazel dans le dôjô qu'il avait loué (en effet, vivant à présent dans un appartement, ils ne pouvaient évidemment plus faire leurs exercices dans un quelconque jardin). C'était un petit dôjô dans un grand immeuble rectangle en briques rouges, mais dont l'intérieur ressemblant à un dôjô classique, avec des tatamis, des murs blancs tapissés du fin tissu blanc et quelques poutres de bois auxquelles étaient accrochées des tablettes avec des inscriptions en kanji. Un jour, durant un de ces entraînements, il alla trop loin. Ils simulaient un combat, comme ils le faisaient souvent depuis qu'ils étaient venus en ville, sauf que ces confrontations n'avaient de simulation que le nom. Le père était extrêmement violent dans ces moments-là, essayant de pousser ses enfants à se battre au maximum. Mâron et Hazel affrontaient Nato, ils devaient lui porter un coup au visage pour satisfaire à l'"exercice", mais il ne leur faisait pas de cadeau et ripostait. Le frère et la sœur travaillaient en équipe et appliquaient une stratégie où l'un devait occuper leur père pendant que l'autre tentait de lui porter un coup. Ils attaquaient l'un après l'autre inlassablement. Le garçon enchaînait rapidement les assauts, mais son père paraît très facilement. Soudain ce dernier vit sa fille apparaître au-dessus de son fils, sautant pour lui donner un coup de pied sur la figure. Il esquiva au dernier moment, après avoir délicatement dévier le poing du premier assaillant de façon à ce qu'il perde l'équilibre, puis il saisit la petite à la cheville et lui donna un crochet du droit sur la mâchoire, la propulsant au sol. Il n'eut pas le temps de reporter son attention sur son fils que déjà celui-ci pointait son poing en direction de son visage, le père lui attrapa le poignet, puis lui donna un coup de genou sur les côtes. Il n'y avait pas mis toute sa force, mais le choc fut malgré tout très violent. Le gamin fut projeté au sol. Mâron, qui se tenait encore le menton à quatre pattes sur le parquet, saignant légèrement de la lèvre, vit son frère heurter brutalement le sol. Celui-ci roula sur lui-même mais restait à terre et gémissait en se tenant les côtes. La petite fille se précipita sur son frère.

« Hazel !
- C'est tout ce dont vous êtes capables ? Vous êtes donc si faibles ? Vous devez devenir plus forts ! Vous m'entendez ? Plus forts ! »
Mâron était éberluée par le comportement de son père. Depuis qu'il avait ressuscité, il avait tellement changé. Lui qui leur parlait toujours de l'esprit des arts martiaux et de la philosophie de vie qu'ils apportaient, il n'avait plus que le mot force à la bouche. Mâron reporta son attention sur son frère, elle le soutenait mais il n'arrivait pas à se remettre debout.
« Qu'est-ce que tu as ? Debout ! Il faut continuer l'entraînement !
- Papa ! Arrête ! Tu vois bien qu'il… »
La petite fille interrompit sa phrase, elle fut terrifiée quand elle vit du sang aux pieds de Hazel, celui-ci venait de cracher du sang.
« Oh ! Mon dieu ! Papa ! Il faut l'emmener à l'hôpital ! Il… Il… »

Au moment où elle tourna sa tête vers son père, elle se tut. C'était imperceptible, mais son visage venait de changer d'expression. Son air sévère se mêla à de l'inquiétude et à du remords. Quelqu'un qui ne connaîtrait pas son père, ne l'aurait sans doute pas remarqué, mais même s'il avait beaucoup changé, elle pouvait encore identifier ses émotions à travers son regard dur. Nato avança doucement vers ses enfants, puis prit délicatement Hazel dans ses bras en essayant de ne pas le brusquer pour ne pas accentuer la douleur.
« Viens, Hazel. Je t'emmène voir un médecin. » Sa voix était un peu plus douce qu'à l'accoutumée, mais là encore, seuls ses enfants auraient pu le percevoir.

Dans le skycar qui les emmenait à l'hôpital, le silence régnait. Les enfants étaient installés à l'arrière, pendant que leur père conduisait. Mâron fixait son frère, inquiète. Celui-ci pour la rasséréner lui sourit, elle répondit à ce sourire, mais n'était pas vraiment rassurée.

Une fois à l'hôpital, le père reprit son fils dans ses bras, toujours aussi délicatement.
« Mâron, remets le skycar dans sa capsule, s'il te plaît. »
Elle s'exécuta. Ils entrèrent dans le hall des urgences et allèrent droit à l'accueil.
« Bonjour. J'aimerais consulter un médecin. C'est pour cet enfant. Il a mal aux côtes et a craché un peu de sang tout à l'heure. »

Il avait toujours la voix glaciale qu'il affichait depuis environ un an, depuis sa résurrection. Les infirmiers à l'accueil jetèrent un coup d'œil rapide à Hazel et durent probablement juger que c'était grave. En tout cas suffisamment grave pour que l'une d'entre eux aille chercher elle-même un médecin. Elle revint vite accompagnée d'une docteure. Celle-ci était accompagnée de deux brancardiers. Elle fit une rapide salutation et demanda brièvement les symptômes, Nato répondit. La médecin, une certaine Dre Wakuchin, demanda alors à celui-ci de déposer son fils sur la civière, ce qu'il fit. Puis elle regarda en direction de Mâron.
« Mais… Toi aussi tu es blessée ! »

Mâron passa sa main sur sa bouche, elle sentit une douleur et retira sa main en poussant un petit son rauque. Sa mâchoire était enflée et elle avait encore quelques traces de sang. Elle avait été tellement préoccupée pour son frère, qu'elle en avait oublié sa propre blessure.
Nato lui répondit : « Elle ? Ce n'est rien. »
Mâron confirma : « Oui, occupez-vous de mon frère. »
La médecin les regarda tous les deux, étonnée.
« Je vais quand même t'ausculter, au cas où. »
Mâron regarda son père. Celui-ci obtempéra : « Comme vous voulez. Mâron, je vais appeler ta mère, pour lui dire qu'on rentrera un peu plus tard. »
La femme fixa Nato encore plus bizarrement. La mère n'avait pas encore été avertie ? Et il disait cela comme s'il s'agissait de lui annoncer un retard dû à des problèmes de transports publics. N'importe quelle mère serait inquiète de savoir ses enfants à l'hôpital. Elle se reconcentra sur Mâron.
« Bien. Suis ton frère! J'arrive tout de suite, » dit-elle d'une voix douce.
En rejoignant les brancardiers, la petite fille regarda en arrière et eut le temps d'apercevoir la Dre Wakuchin chuchoter quelque chose à l'infirmier pendant que son père s'éloignait.

La salle dans laquelle ils se trouvaient, était un peu exiguë. La médecin auscultait Hazel sur la civière près de la porte de la pièce. Le petit garçon gémissait légèrement chaque fois qu'on touchait ses côtes. Un infirmier, qui s'était introduit comme s'appelant Jab, s'occupait du visage de Mâron. La porte s'ouvrit alors et un homme entra dans la chambre. Wakuchin dit alors : « Les enfants je vous présente, M. Sharwer. Il va vous poser quelques questions. »

Ce dernier se présenta brièvement et gentiment. Il débita quelques banalités et posa des questions somme toutes assez inintéressantes. Le tout pendant que Jab et Wakuchin s'occupaient des enfants. Puis, alors que Jab en avait fini avec Mâron et avait quitté la salle, Sharwer entra dans le vif du sujet : « Dites-moi les enfants, comment vous êtes-vous fait ça ? »
Hazel répondit innocemment : « Ben, c'est notre père. »
Sharwer et Wakuchin restèrent un court moment silencieux. L'homme reprit : « C'est votre père qui vous a frappé ?
- Oui.
- Et ça lui arrive souvent de vous battre ?
- Euh… Oui, tout le temps, on est pas assez forts. Alors il nous bat à chaque fois. Il a loué un local pour ça et il nous y emmène chaque fois qu'il a le temps, quand il revient de son travail ou toute la journée le week-end. »
Les deux adultes se dévisagèrent, consternés. Mâron regardait Hazel. Elle avait un frère complètement idiot. Ou bien le coup qu'il avait reçu l'avait plus atteint qu'elle ne le croyait. Il ne voyait vraiment pas où ils voulaient en venir ?

« Il… Il a loué un local pour ça ? »
Mâron intervint, décidant qu'il valait mieux ne pas laisser Hazel continuer à raconter des âneries sans s'en rendre compte.
« Il nous frappe parce qu'on s'entraîne avec lui. Nous pratiquons les arts martiaux. Il ne nous maltraite pas. Disons, qu'aujourd'hui, il a eu la main un peu leste. »
Ils se tournèrent vers la petite fille. Cela semblait plausible, les deux enfants portaient des tenues d'arts martiaux, et le père aussi. Hazel comprit ce qu'ils avaient cru. Il sentit un grand embarras monter en lui. Il se demanda comment il avait pu être aussi naïf.
« Euh… Oui ! Oui ! Bien sûr que c'était juste un entraînement !
- Mais il n'est pas un peu dur avec vous ? Vous n'êtes que des enfants…
- Nous sommes plus forts que nous n'en avons l'air, » répondit Mâron avant que son frère n'ait le temps de dire d'autres bêtises.

Sharwer posa encore quelques questions, puis, convaincu, laissa Wakuchin poursuivre ses soins. Sur le moment Mâron avait presque trouvé le malentendu assez amusant, et une fois la gêne passée, Hazel aussi. Mais ils savaient que leur situation n'était pas réjouissante. Leurs contacts avec leur père se limitaient à ces séances d'entraînement. Et ces moments étaient devenus un vrai calvaire. L'attitude de Nato les rendait insupportables. Le plaisir des arts martiaux qu'il leur avait transmis durant leurs premières années avait complètement disparu. Ce n'était plus qu'une contrainte éprouvante, tant physiquement que moralement. Leur relation s'était complètement dégradée, et si les enfants n'avaient pas peur de leur père, ils n'en appréhendaient pas moins les instants où ils étaient seuls avec lui, qui signifiaient soit une indifférence totale soit une sévérité insurmontable.

Ils restèrent à l'hôpital encore un moment, le temps pour Wakuchin de faire quelques radios de Hazel. Mâron demanda à son père comment avait réagi leur mère, mais il lui répondit qu'il n'était pas parvenu à la joindre. Le médecin revint donc avec son patient. Le garçon avait seulement une côte fêlée, il ne devait pas trop bouger durant trois ou quatre semaines. Le sang qu'il avait craché n'était dû qu'au fait qu'il s'était mordu la langue sans s'en rendre compte.

Quand ils rentrèrent chez eux, l'appartement était silencieux. Les enfants hélèrent leur mère, mais elle ne répondit pas. Nato alla regarder dans leur chambre si elle n'y était pas. Les enfants la cherchèrent de leur côté et ils la trouvèrent dans la salle de séjour, allongée sur le canapé de cuir noir. Effondrée serait un meilleur mot, ses cheveux décoiffés, une robe blanche frippée et tachée sur le dos. En face du canapé, la grande télé sur le meuble qui faisait aussi office d'étagère plein de livres et de babioles, était allumée, mais il n'y avait plus d'image ni de son, il était tard et la chaîne qu'elle regardait était fermée. Un verre renversé se trouvait à ses pieds. Trois bouteilles d'alcool jonchaient le tapis de bambou du salon, sous la petite table de verre. Les enfants eurent un choc. Leur mère buvait ? Comment avaient-ils pu ne pas remarquer une chose pareille ?

Leur père pénétra dans la pièce et resta un moment immobile.
« Allez dans vos chambres, » finit-il par dire.
« Mais…
- Tout de suite ! »
Les enfants s'exécutèrent. Au bout de quelques minutes, ils entendirent la voix de leur mère. Ils tendirent alors l'oreille pour écouter la conversation.
« Tu peux m'expliquer ça ?
- … Il est tard. Tu rentres seulement maintenant ?
- J'étais à l'hôpital avec les enfants.
- À l'hôpital ? ! Mon dieu ! Mais qu'est-ce qu'il s'est passé ? ! Les enfants vont bien ? ! Hazel ? ! Mâron ? !
- Ils vont très bien ! Tu iras les voir plus tard.
- Comment ça "plus tard" ? Tu peux me dire ce qu'il s'est passé ?
- … Je crois que j'y suis allé un peu fort à l'entraînement. Hazel a une côte fêlée, mais d'ici deux ou trois semaines il sera guéri. Il va s'en remettre. C'est rien. Il doit être fort.
- Comment ? ! Hazel ! Mon chéri !
- Je t'ai dit que tu irais les voir plus tard ! On doit d'abord discut…
- Lâche-moi ! Discuter de quoi ? Pourquoi tu ne m'as pas appelée quand c'est arrivé ?
- Je l'ai fait, mais tu n'as pas répondu. Trop saoule je suppose…
- …
- Depuis quand ?
- Pardon ?
- Depuis quand tu bois ?
- … Depuis aujourd'hui… J'avais envie d'essayer une fois. Voir si ça irait mieux…
- Et ?
- Bof…
- Bof ? ! Tu te fous de moi ! ? Qu'est-ce qui t'a pris ? ! Il n'y a pas qu'aujourd'hui. Tu es devenue complètement léthargique ! Tu ne fais rien de la journée et tu ne cherches même pas de travail. Tout ce que tu sais faire c'est te lamenter !
- Quoi ? ! Mais de quel droit tu te permets de me faire la morale ? ! Toi, tu es devenu aussi fermé qu'une huître ! On n'arrive plus à savoir ce que tu penses ! Tout ce qui t'obsède c'est de devenir plus fort et de rendre les enfants plus forts ! Tu as vu ce que tu leur fais subir ? Hazel a fini à l'hôpital à cause de tes stupides entraînements ! Avant tu essayais de leur transmettre quelque chose d'important, maintenant tu ne fais que les harceler ! Depuis combien de temps tu n'as pas eu de discussion de père à fils et de père à fille avec eux, hein ? Et avec moi ? Tu n'es plus ni un père, ni un mari ! Tu n'es plus qu'une espèce de brute insensible ! ! Depuis le jour où ce démon…
- Tais-toi ! »

Le ton avait clairement monté entre eux.
« Tu vois ! Tu refuses d'en parler ! Quand… Quand nous étions morts…
- Tais-toi, je te dis !
- Quand nous étions morts, c'était absolument atroce. La mort est un lieu horrible. Quand j'imagine qu'un jour je devrais… Je devrais y retourner… Que… Que nos enfants devront…
- Ça suffit !
- Bon dieu, mais pourquoi je devrais me taire ? J'étouffe à ne pas en parler et tu es la seule personne avec qui je puisse le faire ! Je… Je… »
Elle commença à avoir une voix chevrotante, comme si elle pleurait.
« Non, reviens ! Écoute… » implora-t-elle.
« Lâche-moi ! Libre à toi de te laisser aller si tu veux, mais moi je compte bien me préparer à ne plus jamais être pris par surprise !
- C'est de ta faute !
- …
- Non… Excuse-moi… Ce n'est pas ce que je voulais dire… Je… Non, attends ! Si on en parlait, je suis sûr qu'on se sentirait mieux et les choses redeviendraient comme av…
- Je t'ai dit de me lâcher !
- Aaah !
- … Minable ! Quelle faible ! Tu me dégoûtes !
- Moi, au moins, nos enfants savent que je les aime ! »
La porte du séjour claqua, puis celle de la chambre des parents. Peu de temps après, les enfants entendirent leur mère sangloter. Ils se mirent aussi à pleurer.

Après cette dispute, les choses allèrent de mal en pis. Un silence encore plus pesant qu'avant s'installa. Leur mère ne but plus, mais Mâron et Hazel voyaient bien qu'elle dépérissait. Elle s'efforçait de leur apporter tout son soutien et son amour, mais ils ressentaient son désarroi. Ils lui avaient proposé d'écouter ce qu'elle voulait tant dire à Nato, d'être ses confidents, mais elle leur avait répondu en souriant faiblement que ce n'était pas leur rôle. Leur père en revanche, même s'il se montrait moins violent à l'entraînement, était devenu encore plus dur et fermé. Quasiment inaccessible. Les enfants commençaient à avoir un profond ressentiment envers lui. Ils lui en voulaient énormément, ils l'estimaient coupable de l'abattement de Dona. Mais ils ne remarquèrent pas que lui aussi s'enfonçait dans une profonde détresse. Dona, elle, l'avait décelé, c'est pourquoi elle restait avec lui, elle espérait qu'il finirait par s'ouvrir. Elle avait compris qu'il culpabilisait. Il culpabilisait de ne pas avoir pu les protéger, elle et les enfants, d'avoir perdu, d'avoir été trop faible.
Dernière édition par San999 le Jeu Fév 09, 2012 12:13, édité 1 fois.
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Messagepar PaPoY » Mar Aoû 07, 2007 20:59

la suiiiiiiiiiiiiite :lol:
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Messagepar seifer » Jeu Aoû 09, 2007 11:34

Je viens de lire ta fanfic et franchement j'ai bien accroché, c'est vraiment une bonne idée d'exploiter les "zones d'ombres" de la série si on peut l'exprimer ainsi. En tout cas bravo et continu !!!
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Messagepar San999 » Sam Aoû 11, 2007 20:00

Merci beaucoup! :D

Voilà la suite:



Chapitre 3: À l'hôpital




Un an et demi passa. Nato continuait à se cacher derrière son mur d'indifférence, Dona de s'enfoncer dans sa dépression. L'animosité des enfants à l'égard de leur père montait. Ils continuaient malgré tout leur entraînement drastique, et ils étaient devenus vraiment très forts, mais Nato n'était jamais satisfait. Les jumeaux étaient inscrits dans une école de Kita no Miyako. Ils avaient réussi à s'intégrer, mais ils ne s'étaient pas fait de vrais amis et préféraient rester entre eux. Quant à leurs notes, elles n'étaient pas fantastiques, mais étaient suffisamment bonnes pour qu'ils n'aient pas à s'inquiéter d'un redoublement. Compte tenu du temps qu'ils passaient à leur entraînement, temps qui débordait sur celui qui aurait dû être imparti aux études, on pouvait même considérer que leurs notes étaient extraordinaires.

Mâron et Hazel suivaient un cours d'histoire, un cours qui les ennuyait profondément. M. Rekish, un petit homme dont les quelques cheveux entourant sa calvitie étaient grisonnants, et qui portait un costume brun foncé, était absolument soporifique de l'avis de tous les bambins. Mais il avait la punition facile, voilà pourquoi ils préféraient s'ennuyer plutôt que de chahuter.

« Gérinovitch est né en 374 dans une petite ville du sud de la région du Jakchyo et est mort en 435 à Santeren, l'actuelle Naka no Miyako. Il est considéré comme l'un des plus grands philosophes du IVe siècle. Cependant, il était aussi un homme politique très important de l'histoire. Et c'est à cet aspect que nous allons nous intéresser. En effet, en tant que Premier Ministre de l'ancienne petite république de Goranz, dont Santeren était la capitale, je le rappelle, il apporta des réformes économiques très efficaces qui furent ensuite adoptées par toutes les petites nations de l'époque. Ces réformes… »

Mâron et Hazel n'écoutaient même pas, et regardaient à travers les grandes fenêtres à carreaux de style ancien. Ils se sentaient tellement peu concernés par ce qui était dit. Mais c'était à peu près pareil pour tous les cours. Cependant malgré le désintérêt pour les études qu'ils ressentaient, l'école était le seul endroit où les jumeaux se sentaient à peu près bien. Le seul lieu où ils ne ressentaient pas cette angoisse oppressante. Ils redoutaient toute la journée le moment de retourner chez eux, de retrouver le sourire vide de leur mère, essayant de se montrer chaleureuse et aimante envers ses enfants, mais ne parvenant qu'à leur communiquer son mal d'être. Puis leur père rentrait, toujours glacial. Il demandait à leur mère si ses recherches de travail avançaient, elle rétorquait que non et il n'allait pas plus loin. Il ne lui jetait pas un regard. Il demandait alors aux enfants d'aller se préparer pour leur entraînement. Ceux-ci ne ressentaient plus que de la colère pour lui. Il s'en était rendu compte, mais pensait que cela les aiderait à se battre avec plus d'ardeur.

« Mâron, est-ce que tu peux me répéter ce que je viens de dire ? »
Elle sursauta.
« Et merde ! » pensa-t-elle. « Pourquoi moi ? Personne n'écoute de toute façon !
- Alors ?
- Et puis va te faire voir ! » continua-t-elle en elle-même. « Non. » Cette fois-ci, elle parla à haute voix.
« Et pourquoi ça ?
- Parce que ça ne m'intéresse pas ! » répondit-elle sèchement, agacée par l'insistance de l'instituteur.
Tout le monde se mit à rire. Mais un regard furieux de M. Rekish suffit à les faire taire. La trentaine d'élèves assis sur des pupitres en bois individuels, se calma et détourna les yeux. Sauf Mâron et Hazel qui n'avaient même pas réagi à cette technique pourtant si efficace avec les autres élèves. Le professeur n'appréciait pas du tout. Il pensait que pour se faire respecter, il fallait s'imposer. Or il sentait bien que ces deux jumeaux étaient loin de le trouver impressionnant, c'est pourquoi il ne les aimait pas beaucoup.

« Au bureau de M. Kocho ! Et vite ! On va voir si tu fais toujours la maligne ! »
Mâron obéit mais rit intérieurement. Il ne pensait quand même pas qu'elle avait peur du proviseur ? Elle était habituée à bien plus coriace. Elle repoussa sa petite natte derrière son dos recouvert d'un simple t-shirt blanc, puis elle passa sa main sur son jean, comme pour le défroisser, et prenant son sac à doc bleu marin, elle se dirigea vers la porte. Son frère ricana sous cape, repoussant ses cheveux qui lui arrivaient pile au niveau des yeux. Pendant qu'elle sortait, le professeur continua sa leçon.

« Gérinovich fut aussi le premier à proposer, lors de la fameuse Conférence de Jineba en 412, la formation d'un super état qui regrouperait tous les petits pays d'alors en une grande fédération. Bien qu'on lui ait ri au nez, il parvient quand même à faire accepter un accord de libre échange complet qui aboutira six ans plus tard sur le Traité de Parsley City. C'était le début de ce qui deviendra cette future supra nation que nous connaissons tous et dans laquelle nous vivons. Le plus incroyable est que Gérinovitch avait déjà préparé ce qui pourrait être les fondements politiques pour le bon fonctionnement d'un tel état. Ces fondements sont encore actuellement utilisés par le Roi Kokuô ! »

Elle alla chez le proviseur, dont le bureau avait le même style ancien que toute la bâtisse. Le relativement jeune proviseur en lui-même affichait un air sérieux et élégant, dans son petit costard bleu-gris et avec sa petite moustache du même brun que ses cheveux bien peignés en arrière. Elle lui raconta pourquoi on la lui avait envoyée, sans même essayer d'enjoliver les choses en sa faveur. M. Rekish entra dans la pièce quelques minutes plus tard et se joignit à la leçon de morale qu'avait entamée le proviseur. Elle ne fit même pas semblant d'écouter, mais ils ne parurent pas le remarquer puisqu'ils finirent par la laisser partir avec deux heures de colle et une copie à rendre pour la semaine suivante. Deux heures de colle ? Ils ne se rendaient même pas compte à quel point cela la soulageait.

Une fois sortie du bureau, elle se dirigea vers la cours de récréation, un grand espace goudronné avec quelques arbres dispercés de-ci de-là, et des tables en bois réparties dans certaines zones. Au moment de sortir, un garçon de sa classe, Enpits, l'apostropha.
« Eh ! Tu sais que je t'ai trouvée cool tout à l'heure ? Tu l'as bien remis à sa place. J'aimerais bien pouvoir faire pareil !
- Et pourquoi tu ne le fais pas, alors ? » répondit-elle, indifférente.
« T'es folle ! J'oserais jamais !
- Alors ne dis pas de paroles en l'air !
- Allez ! Sois pas si méchante. Tu sais, tu me plais beaucoup !
- Ah, oui ? Et bien ce n'est pas réciproque.
- Eh! Sois cool ! Détends-toi ! Je te trouve très mignonne ! »
Il lui mit la main aux fesses. Malheureusement pour lui, il ne savait pas qu'elle était une disciple du kurumisenryu, et encore moins qu'elle pourrait facilement assommer un adulte. La réaction ne se fit pas attendre. Elle lui envoya un violent coup du revers de la main. Il se retrouva à terre.
« Recommence ça, et je te brise tous les doigts de la main ! »

Le garçon, pleurant, se mit à saigner drument du nez. Mâron se demanda alors si elle n'y était pas allée un peu fort. Elle s'apprêtait à l'aider à se relever, mais il la repoussa. C'est alors qu'un grand gaillard d'une classe supérieure s'approcha. Il devait bien avoir trois ans de plus que Mâron.
« Dis donc, toi, qu'est-ce que tu viens de faire à mon petit frère ? »
Elle toisa le grand garçon du regard. Elle était désolée qu'Enpits saigne autant, mais pas au point de se rabaisser en s'excusant alors que c'était lui qui l'avait provoquée. Elle répondit donc : « Je l'ai frappé. Ça te pose un problème ? Il n'avait qu'à ne pas poser ses sales pattes sur moi ! »

Elle allait s'éloigner mais quatre autres grands adolescents, deux garçons et deux filles lui barrèrent la route. Le frère d'Enpits lui dit : « Tu ne crois quand même pas que je vais te laisser te tirer après ce que tu as fait à mon petit frère ? On ne touche pas à la famille. »
Elle le dévisagea. Elle se disait bien que sa tête lui était familière, c'était Grafit, la brute du coin, et sa bande. Ainsi c'était le grand frère d'Enpits ? Elle regarda en direction de sa victime et vit qu'il la fixait d'un air goguenard malgré une expression toujours endolorie et des larmes aux yeux, la main sur le visage, le sang filtrant toujours au travers. Ils ne s'imaginaient tout de même pas lui faire peur ? Hazel qui voyait la scène de loin, s'approcha, dans son t-shirt rouge sans manches et son short beige.
« Un coup de main soeurette ?
- Fais comme tu veux. »

Des enfants s'étaient déjà agglutinés, flairant la bagarre.
« Mais pour qui ils se prennent ? » pesta Grafit. « Que l'un de vous s'occupe du gosse. Mais laissez-moi la gamine. »
Mâron lui jeta un regard glacial droit dans les yeux. Cela le mit encore plus en furie.
« Tu va arrêter de te croire supérieure !
- Mais je te suis supérieure, grosse brute sans cervelle. » répondit-elle avec un sourire en coin.
Cette phrase fit frémir tous ceux qui, parmi les spectateurs de la scène, avaient déjà eu à faire à Grafit. Ils se demandaient où cette fille trouvait le courage ou la folie de lui parler ainsi.
« Quoi ? ! ? »
Il leva le bras pour la frapper, mais avant qu'il n'ait le temps de le baisser, Mâron lui fila un crochet du droit avec tout le poids de son corps dans le ventre. Grafit se plia en deux sous le regard ébahi des ses compagnons.
« Qu'est-ce que… Grafit !
- Sale gamine ! »

Les autres adolescents s'apprêtaient à attaquer Mâron, mais Hazel donna deux légers et rapides coups de pieds sur l'arrière du genou d'une d'entre eux, celle-ci perdit l'équilibre et s'effondra. Les autres s'arrêtèrent, sur le point de trébucher sur la jeune fille.
« Je commence à perdre patience ! On ne va quand même pas se faire ridiculiser par des gosses ! »
Sur ces mots, Grafit se releva. Les cinq adolescents encerclèrent les jumeaux. Ceux-ci avaient les nerfs à vif. Ils avaient juste envie d'être tranquilles au moins un moment dans la journée, mais ces brutes les avaient vraiment mis en colère et ils voulaient en découdre. Hazel lança la première attaque, il se dirigea vers l'une des filles, celle-ci allait riposter, mais, au dernier au moment, il changea de direction et fonça vers Grafit qui était juste à côté. Il repoussa le bras de la fille du bout des doigts vers l'avant de la poitrine de celle-ci, et, dans un même mouvement, frappa du bout des quatre doigts de son autre main la gorge de Grafit qui en eut le souffle coupé. L'adolescente, distraite, n'eut pas le temps de voir Mâron lui sauter dessus pour lui asséner un coup de pied au visage. Elle fut propulsée au sol. La bagarre aurait pu continuer, si un professeur n'avait pas hurlé :
« Qu'est-ce qu'il se passe ici ? »
Mâron tiqua quand elle se rendit compte que c'était encore M. Rekish. Apparemment, il avait été assigné pour surveiller le préau. Celui-ci aussi les regarda d'un air agacé quand il comprit que c'était Hazel et Mâron.
« Encore toi ? Décidément, tu n'en rates pas une, aujourd'hui ? Une bagarre à présent ? Et avec ton frère aussi ? Vous allez tous me faire le plaisir de m'accompagner chez M. Kocho ! »

Ni Mâron, ni Hazel n'essayèrent de protester que c'était Grafit et sa clique qui les avaient provoqués, et personne ne le fit à leur place. Rekish chargea un élève d'emmener Enpits à l'infirmerie, puis accompagna les jumeaux et la bande de Grafit chez le proviseur. Les cinq adolescents furent les premiers à passer devant Kocho. Quand ils sortirent de son bureau, ils jetèrent un regard noir aux petits et ceux-ci entrèrent. Une fois de plus Mâron se retrouva dans le bureau du proviseur, cette fois-ci accompagnée de son frère. Encore une fois le proviseur teint un discours moralisateur que les deux enfants n'écoutèrent pas, mais cette fois-ci M. Kocho ne l'entendait pas de cette oreille et s'aperçut qu'il n'avait pas l'attention des jumeaux.
« Petits impertinents ! Vous… »
Il fut interrompu par la sonnerie du téléphone.
« Oui ! … Comment ? Écoutez Hisho, je suis occupé. Est-ce que… … Comment ? … Oui… Je viens… »
Il raccrocha. Étrange, sa voix était passée de la colère à l'inquiétude en un instant. Il se leva.
« Restez là les enfants, je reviens tout de suite. M. Rekish restez avec eux. »

Les enfants n'en revenaient pas, auraient-ils senti de la douceur dans son intonation ? Il poussa la porte. Mâron et Hazel tentèrent de jeter un œil à l'extérieur. Mais ils ne parvinrent pas à voir quoique ce soit.
« Restez tranquilles ! » tonna Rekish.
Il ne changeait pas, lui. Les jumeaux patientèrent un moment avant que M. Kocho n'ouvre enfin la porte. Ils aperçurent ce qui semblait être un policier. Le proviseur appela Rekish, celui-ci, paraissant intrigué, avança vers lui. Ils restèrent un moment sur le seuil de la pièce, Kocho murmura quelque chose au professeur que les enfants ne purent saisir. Cependant ils virent Rekish prendre un air choqué et l'entendirent souffler "Mon Dieu !" Puis, ils acquiescèrent tous les deux et l'enseignant sortit de la pièce en leur jetant un regard compatissant. Là, c'était sûr, quelque chose n'allait pas. Ils virent Kocho s'approcher d'eux d'un air triste. Leurs cœurs battaient la chamade. Ils étaient franchement inquiets. L'homme s'accroupit devant eux.
« Les enfants, j'ai une mauvaise nouvelle, votre mère a eu un accident. Elle est à l'hôpital. Elle… Elle est dans un état critique. »

----------------------------------------------------------------------------

Mâron et Hazel étaient dans la voiture des deux policières qui les emmenaient à l'hôpital. Ils avaient l'impression que leurs cœurs allaient bondir hors de leurs corps. Apparemment leur mère s'était fait renverser par une voiture alors qu'elle traversait la rue. Le chauffard s'était ensuite enfui. C'était tout ce que les enfants avaient pu soutirer des deux agentes de police à force de les marteler de questions. Celles-ci leur avaient aussi dit qu'on n'avait pas réussi à contacter leur père. D'autres policiers étaient alors partis le chercher à son lieu de travail que son employeur leur avait indiqué, le stade Sakkâ où il était responsable de la sécurité pour la journée. Mais ça, les enfants s'en fichaient car ils savaient que l'accident de leur mère n'intéresserait pas leur père.

Une fois arrivés à l'hôpital, les quatre allèrent droit à la réception.
« Bonjour monsieur, Agentes Manacle et Païpu, pourrions-nous savoir le numéro de la chambre de Mme Nuss Dona, s'il vous plaît ? »
Les deux agentes, habillées du même uniforme bleu à casquette, auraient pu former un duo comique si les circonstances s'y étaient prêtées, tant elles avaient un physique opposé. Manacle était petite mais corpulente, avait la peau noire, des cheveux frisés et de grands yeux. Alors que Païpu était grande et élancée, avec une peau pâle, des cheveux noires, longs et lisses et des yeux en amande. L'infirmier en charge les toisa un moment, puis sembla étonné quand il vit que ces deux policières étaient accompagnées de deux enfants.
« C'est… C'est pourquoi ?
- Nous accompagnons ses enfants. »
Il jeta un regard sur les visages angoissés de Mâron et Hazel, puis sans dire un mot tapota sur un ordinateur et informa : « Chambre 413. »

Suivis des deux policières, les jumeaux arrivèrent à la chambre 413 où ils firent face à un spectacle terrifiant. Leur mère, qui avait le visage en partie couvert de bandelettes ensanglantées et un torse nu dans le même état, se débattait avec les médecins et les infirmiers. Elle hurlait et sanglotait.
« S'il vous plaît, ne me laissez pas mourir !
- Bien sûr que non, madame ! Calmez-vous !
- Vous… Vous ne comprenez pas ! Là-bas c'est horrible ! C'est… C'est pire que tout !
- Madame, calmez-vous ! Vous ouvrez toutes vos plaies !
- On souffre atrocement ! Terreur ! Sou… Souffrance ! Douleeuuuur !
- Vite ! Zéro trois de morphine !
- Non ! Non ! Pas de morphine ! Je veux rester réveillée !
- Bon sang ! Il faut la calmer !
- Je ne veux pas retourner là-baaas !
- Mais sanglez-la ! »
Soudain, Dona aperçut ses enfants.
« Mâron ! Hazel ! Aidez-moi ! Empêchez-les de me faire ça ! »

L'agente Païpu éloigna les enfants de la chambre. Ils entendirent quelques hurlements.
« Tenez-lui le bras pendant que j'injecte !
- Noooon !
- Mais tenez-lui le bras ! »
Puis les hurlements s'apaisèrent peu à peu, jusqu'à ce qu'on ne les entende plus. Hazel et Mâron étaient prostrés sur le banc dans lequel les policières les avaient installés. L'hôpital émettait tous les bruits classiques de n'importe quel hôpital, avait la même odeur et il était d'une blancheur immaculée et oppressante. Les deux enfants se sentaient impuissants. Puis après quelques minutes un médecin vint leur annoncer qu'ils pouvaient aller voir leur mère. Ses bandelettes n'étaient plus aussi imprégnées de sang que tout à l'heure, sans doute les avait-on changées. Elle avait le visage un peu adouci. Elle était dans une chambre individuelle, aussi blanche que le reste de l'hôpital. Après un long moment silencieux auprès de leur mère, Hazel se leva.
« Je vais nous chercher un verre d'eau. »

Mâron ne répondit pas. En revenant, Hazel surprit une conversation entre Manacle et un médecin. Il était dans un angle de vue difficile pour les deux adultes et il les écouta.
« Comment va-t-elle docteur ?
- Et bien, ses blessures sont très graves et elle a de nombreuses hémorragies internes et des côtes brisées. Mais le plus inquiétant est son état d'excitation intense. Elle est arrivée ici inconsciente et on l'a soignée comme on pouvait, mais une fois réveillée elle s'est mise à s'agiter violemment et à tenir des propos incohérents. Je n'ai jamais vu quelqu'un avec un air aussi effrayé. À vrai dire, je ne comprends pas comment elle peut avoir la force de s'agiter ainsi, avec six côtes cassées, elle ne devrait même plus pouvoir remuer. Nous avons eu le plus grand mal à la calmer, nous lui avons injecté de la morphine à trois reprises. Mais ces agitations ont beaucoup aggravé son état.
- Je vois…
- Je sais que vous vouliez l'interroger pour qu'elle vous donne la description du chauffard ou de son véhicule, mais très franchement elle n'est pas en état…
- Nous comprenons. Nous avons essayé de trouver des témoins oculaires qui nous donneraient des indications sur le conducteur, mais comme très souvent dans ces cas, tout le monde a vu la scène, mais personne n’a vu le chauffard… Une voiture blanche à roues, c'est tout ce qu'on sait. Nous n’avons pu qu’obtenir des témoignages sur le comportement de Mme Nuss. Ils s’accordent tous pour dire qu’elle avait l’air terriblement déprimée et qu’elle a traversé la rue de manière très imprudente. »
Hazel reteint son souffle.

« Mon Dieu ! Un suicide ? Pourtant, tout à l'heure…
- Non. Je ne pense pas… On ne se suicide pas avec des commissions que l’on vient de faire…
- Tant mieux… C’est déjà dur comme ça. Je n’arrête pas de penser à ses enfants… Vous avez des nouvelles du père ?
- Justement, mon équipière est allée appeler nos collègues pour savoir s'ils arrivent. Ils étaient en route… Malheureusement ils étaient coincés dans un embouteillage dû à un carambolage, la dernière fois qu'on leur a parlé. J'espère que ça va mieux.
- J'espère qu'ils ne mettront pas trop longtemps, car je ne pense pas qu'elle passera la nuit.
- Mon dieu ! Vous… Vous êtes sûr ?
- Malheureusement… Il y a très peu de chances qu'elle survive…
- Pauvres enfants… »
À ce moment, ils entendirent un bruit d'eau. Hazel venait de laisser tomber les gobelets, sous le choc.
« Tu… Tu étais là… ? »
Les deux adultes regardèrent l'enfant d'un air triste. Manacle s'avança vers Hazel, s'agenouilla et le prit dans ses bras. Le monde de Hazel était sur le point de s'écrouler pour la deuxième fois dans sa vie. Mais il ne pleura pas.

Quand il retourna dans la chambre, il ne dit pas un mot. Il n'avait pas ramené d'eau et Mâron ne posa pas de questions. Dona était toujours endormie mais marmonnait un charabia incompréhensible, on pouvait juste saisir quelques mots, "mort", "souffrance", "là-bas", "terreur" et d'autres choses incohérentes. Il s'approcha du lit pour se mettre à son chevet. Il observa son visage à moitié couvert par des bandages. Quand tout a coup sa mère ouvrit des yeux révulsés, saisit fortement le poignet de Mâron et murmura d'une voix d'outre-tombe : « Je ne veux pas retourner là-bas… »

Les deux enfants sursautèrent. Mâron finit par crier à Hazel : « Va chercher un médecin. »
Celui-ci s'exécuta. Il courut vers le médecin.
« Venez vite ! Maman s'est réveillée !
- Quoi ? ! Mais c'est impossible avec toute la morphine qu'on lui a administrée ! »
Il appela tout de même une autre médecin et des infirmiers. Ils accoururent tous vers la chambre, y compris les deux policières qui voulaient savoir ce qui se passait.

Quand ils arrivèrent dans la chambre Dona tenait toujours le poignet de sa fille, mais avait les yeux fermés, la face crispée. Le rythme cardiaque affichait à plat sur l'écran. Un son aigu et continu se faisait entendre. Mâron se retourna. Une expression indescriptible sur le visage et une intonation indéfinissable dans la voix, elle souffla : « Elle ne veut pas me lâcher… »
Tout le monde eut froid dans le dos et se figea une seconde. Puis un médecin reprit ses esprits.
« Elle est en arrêt cardiaque. Vite ! Allez chercher un défibrillateur et dégager sa fille de son étreinte, sinon on va l'électrocuter ! En attendant, je vais lui faire un massage cardiaque ! »
Le médecin se mit au travail. Tandis que l'autre docteure ramenait le défibrillateur, mais elle ne put l'appliquer car les infirmiers ne parvenaient pas à faire lâcher prise à la mère. Pourtant, celle-ci était morte. Seuls ses muscles crispés la faisaient s'accrocher à sa fille.
« Mais bon sang ! D'où vient cette rigidité musculaire ? »

Hazel assistait à la scène, complètement paralysé, sur le pas de la porte. Il revivait les événements de deux ans plus tôt. L'impuissance. L'angoisse. L'incompréhension. La terreur. Sa mère morte. Ses bandages s'étaient à nouveau couverts de sang. Le regard de sa sœur était redevenu aussi vide que ce jour-là. Cette fois-ci, il ne pleurait pas. Pendant qu'on brisait les doigts de sa mère pour la délivrer, Mâron resta impassible. L'agente Manacle prit Hazel par les épaules et l'éloigna de la chambre.

Quand leur père arriva enfin, il était trop tard. Ses enfants, lorsqu'ils le virent entrer dans la chambre où ils étaient restés sans bouger, sans parler et sans avoir la moindre réaction jusque-là, lui jetèrent un regard plein de haine. Leur mère était morte sans avoir eu l'écoute qu'elle demandait. Ils sortirent. Nato les regarda un moment, impassible, s'éloigner de lui. Il s'assit au chevet de sa défunte épouse, repoussa la couverture, contempla son visage livide un moment, lui prit délicatement sa main encore intacte, posa doucement son propre visage dessus et pleura en silence.
Dernière édition par San999 le Jeu Fév 09, 2012 12:18, édité 1 fois.
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Messagepar San999 » Sam Aoû 18, 2007 12:42

Chapitre 4: Un jour comme un autre




Ils étaient tous les trois dans le skycar familial. Ils rentraient après avoir passé plusieurs heures à l'hôpital, toute la nuit en fait. Le père était resté un long moment au chevet du corps sans vie de son épouse. Les enfants, prostrés, n'avaient pas bougé des chaises dans le long couloir, à côté de la chambre de leur mère. Beaucoup de personnel et de gens venus visité des patients les regardaient curieusement, mais ne s'arrêtaient pas. Manacle et Païpu, les deux agentes, ayant fini leur service n'avaient pas quitté les deux enfants. Elles avaient essayé de leur faire évacuer leur chagrin. Mais ce fut vain, Mâron et Hazel étaient demeurés silencieux et n'avaient versé aucune larme. Tout ce qu'elles pouvaient faire, était leur apporter une présence réconfortante. Lorsque Nato était enfin sorti de la chambre de sa femme, il avait les yeux rouges d'avoir pleurer. Il avait réglé toutes les affaires administratives immédiates concernant le décès de Dona, puis s'était dirigé vers ses enfants. Les deux agentes s'étaient alors effacées. Il s'était assis auprès d'eux. Ils étaient restés ainsi quelques minutes, puis il avait tenté un geste de tendresse, mais Mâron et Hazel l'avaient repoussé. Il avait essayé de leur parler, mais ils ne l'écoutaient pas. Pour la première fois depuis deux ans et demi, il avait voulu établir un vrai contact avec eux, mais il avait échoué.

Il regarda à travers le rétroviseur et observa ses enfants. C'était peut-être trop tard. Il avait coupé la communication depuis trop longtemps. Mais il se devait de tout faire pour la reprendre. Il s'était enfin réveillé, mais le réveil était dur. Il avait perdu son épouse. Il l'avait enfermée dans le silence, et ses amers regrets ne pourraient jamais changer cet état de fait. Mais il avait bien l'intention de libérer ses enfants de cet enfermement.

Ils finirent par arriver chez eux. Bien qu'ils n'eussent pas dormi de la nuit, ils n'allèrent pas se coucher immédiatement. Évidemment, ils ressentaient un grand vide. Le fait de savoir qu'elle ne serait plus jamais là… Mâron et Hazel espéraient que le ciel redeviendrait noir. Mais ils savaient que ça n'arriverait pas. Cette mort était trop réelle contrairement à la dernière fois. L'absence de leur mère était pesante, mais ils allaient devoir s'y faire. Ils ne la reverraient plus, malgré tous leurs espoirs que le ciel s'obscurcisse. Ce sentiment était nouveau pour Nato, et il se demandait comment il allait remplir ce vide. Ses enfants, eux, connaissaient bien cette émotion. Ils l'avaient vécue deux ans et demi auparavant. Mais cette fois-ci, ils ne revoyaient pas un bon souvenir à chaque coin de l'appartement, non. Ils se rappelaient seulement des sourires vides de leur mère, de son désespoir de plus en plus profond. Leur colère envers leur père montait, ils en ressentaient presque de la haine.

Nato alla dans la cuisine, il prépara un lait chaud et quelques biscuits. Il les rapporta dans la salle de séjour. Il savait que reprendre le contact avec ses enfants n'allait pas être chose facile. Il devait y aller doucement.
« Tenez… Vous n'avez rien mangé depuis hier midi. Mangez ça. Ensuite, allez vous coucher. Vous avez besoin de dormir un peu. Je vous préparerai quelque chose de plus consistant à votre réveil. »

Les enfants lui jetèrent un regard haineux, se levèrent et partir dans leurs chambres. La colère qu'ils ressentaient envers lui les aveuglait tant, qu'ils ne se rendirent pas compte qu'après deux ans et demi il était enfin redevenu leur père. Après qu'ils étaient sortis de la pièce, Nato fixa les deux tasses de lait et les biscuits. Des larmes commencèrent à couler le long de ses joues. Il sentait que cela allait souvent arriver, mais il s'en fichait, il s'était libéré. Même s'il avait fallu une tragédie pour cela, il s'était libéré. Et il espérait juste que cela ne soit pas trop tard pour eux, au moins.

Les jumeaux s'étaient réunis dans la chambre de Hazel. Cependant ils ne disaient pas un mot, la présence de l'autre les réconfortait, et c'était tout ce dont ils avaient besoin. Ils avaient tous les deux enfilés leur tenues pour se coucher, de simples t-shirts blancs et des bas de training jaune pour le garçon et bleu pour la fille. Le brun était couché sur son lit, tourné vers le mur. Mâron était assise au pied de ce même lit. Elle observait le mur d'en face, recouvert des posters des groupes préférés de son frère. Au bout, d'un moment, elle entendit un léger gémissement. Elle se leva et regarda son frère.
« Hazel… ? »

Il dormait, mais une larme coulait le long de sa joue. Il devait rêver. Sa sœur essuya la larme et lui caressa la joue. Elle sourit tristement. Elle couvrit son frère, puis se coucha dos à dos avec lui. Elle s'assoupit rapidement. Le père passa dans la chambre et vit qu'ils dormaient tous les deux. Il eut un sourire à la fois tendre et mélancolique. Il fouilla dans une armoire, en sortit une couverture et en recouvrit Mâron. Il alla lui aussi se coucher.

Quelques jours plus tard, eurent lieu les funérailles. Le ciel ne s'était pas assombri. Malgré le petit et vain espoir que les deux enfants avaient eu, il n'y eut pas de second miracle. La police avait cherché le meurtrier de leur mère, celui qui s'était enfui après l'avoir renversée, mais ne le retrouvèrent pas.

Nato avait essayé tout le temps d'avant la cérémonie de se rapprocher de ses enfants, mais ce fut inutile, ils se muraient dans une haine silencieuse. Le pire était que cela les empêchait d'exprimer leur chagrin. Il se sentait extrêmement coupable vis à vis de Dona, mais aussi des jumeaux. Il avait songé à déménager, mais il avait renoncé devant l'exemple du gâchis qui s'était produit malgré leur dernier départ. Partir ne servirait à rien, il fallait qu'il résolve cela là où ils étaient déjà.

Il n'y avait pas grand monde à ces funérailles. Leurs grand-parents étaient tous décédés, d'ailleurs à part la mère de leur père, Mâron et Hazel n'en avaient connu aucun. Dona avait bien eu un petit frère, mais celui-ci était mort bébé et Nato était fils unique. Quant aux rares amis que la famille avait à l'époque où ils vivaient en montagne, ils les avaient tous perdus en déménageant, n'ayant donné leurs coordonnées à aucun d'eux. Et vu l'isolement psychologique dans lequel toute la famille s'était plongée, ils ne s'étaient évidemment pas fait de nouveaux amis à Kita no Miyako. Ainsi, à part Nato, Mâron, Hazel et les agentes Manacle et Païpu, qui avaient eu la gentillesse de venir assister à la cérémonie avec eux, il n'y avait personne. Le cimetière était vide. Cependant, Hazel remarqua une femme brune qui restait debout au loin. Elle resta là un moment regardant dans leur direction puis le sol. Elle finit par partir.

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Un peu plus de six ans plus tard, le 12 octobre 761, dans une grotte des montagnes au sud de Kita no Miyako aménagée en laboratoire plein de machines et de cables dispersés partout, un homme aux cheveux grisonnants gémissait dans son long blouson blanc. Il frappa sur son bureau plein de paperasses et de plans mécaniques.

« Non ! Il… Il ne peut pas être mort ! C'est moi qui devais le tuer ! Pas cette espèce d'extraterrestre débarqué d'on ne sait où ! Noooooon ! Ma vengeance ! Tout ce pourquoi j'ai vécu ces onze dernières années ! Vain ! Tout cela n'a servi à rien ! Tout ce que j'ai construit ! »
Il renversa tout de son bureau et continua à frapper dessus en pleurant et hurlant. Il finit par se calmer, essoufflé.
« Du… Du calme ! Réfléchis un peu. Ses amis vont le ressusciter. Oui, d'ici un an il reviendra et quand ils se seront débarrassés des deux autres Saiyans, tout reviendra à la normale, et j'aurais en plus pu récolter d'autres données de leurs combats. Oui, voilà, je dois persévérer ! »

Il se dirigea vers ce qui semblait être une table d'opération derrière lui. Un corps s'y trouvait, de nombreux câbles lui étaient reliés.
« Jusqu'à maintenant j'ai toujours utilisé des batteries rechargeables. Malheureusement, ce type de batterie a une durée très limitée avant de devoir être rechargée. J'ai à chaque fois amélioré les capacités de stockage énergétique, mais je n'ai pas réussi à enrayer ce défaut. Avec les nombreux pouvoirs que j'ai dû leur donner, le type de batterie que N°8 utilisait n'était pas aussi efficace avec les androïdes 9 à 15, car il se décharge beaucoup trop rapidement. Mais cette fois, j'ai réussi à créer une batterie aux capacités infinies ! Et tu vas en bénéficier mon petit N°16. Fu ! Fu ! Fu ! N°10, va me chercher la batterie. »
Une personne adossée au mur, immobile, bougea soudainement.
« Hé ! Hé ! N°16, tu seras mon chef-d'œuvre. »

----------------------------------------------------------------------------

Le même jour, un peu plus au nord, à Kita no Miyako, dans une salle de jeux, deux adolescents jouent à un jeu d'arcade rétro.
« Bon sang, Mâron, si tu crois que tu va m'avoir comme ça ! »
La jeune fille ne répondit rien. Elle avait un air indifférent.
« Merde ! J'en reviens pas ! Comment tu peux gagner en t'en foutant ?!
- Partons. Je m'ennuie. Je ne vois vraiment pas pourquoi tu m'as traînée ici. Quel endroit nul !
- Ohlala ! Sœurette, tu pourrais au moins faire semblant de t'intéresser à ce que je te dis. »

Beaucoup de gens dans la salle de jeux surpeuplée, les suivaient du regard. Il faut dire que leurs traits fins et leurs yeux d'un bleu cristallin et perçants n'étaient qu'un exemple de leur beauté. Mâron portait un jeans bleu, moulant, déchiré aux deux genoux et un léger juste-au-corps rouge, sans manches, le col montant jusqu'au milieu du cou. Elle avait des mitaines de cuir noir et des baskets noires aux lacets rouges. Une large ceinture noire était posée sur ses hanches. Ces longs cheveux blonds lui tombaient sur les épaules. Hazel, lui, arborait aussi un simple jeans bleu, déchiré, serré avec une ceinture brune et un t-shirt moulant, vert militaire, aux manches arrachées. Il chaussait de larges bottes noires-vertes, délacées. Ses cheveux mi-longs étaient coiffés en arrière. Il avait de plus un foulard orange enroulé autour d'un de ses bras.

Tout à coup, le regard de Mâron fut attiré par quelque chose. Elle se mit à sourire. Hazel, intrigué, porta son attention dans la même direction. Comprenant ce que pensait sa sœur, il prit aussi un air satisfait. Dans le fond, à côté des vitrines de l'établissement, se trouvait un groupe de voyous, cinq garçons et trois filles. Ils parlaient vulgairement et très bruyamment. Les deux jumeaux se dirigèrent vers la bande. Lorsqu'un des garçons du groupe, du genre bien musclé, celui qui était le plus proche de Mâron, les aperçut, il dit à la jeune fille :
« Hé ! Ma petite blondinette ! Qu'est-ce que tu me veux ? Je te plais, c'est ça ? Tu sais que t'as de la chance ! T'es plutôt mon genre ! »

Ce n'était pas la première fois que Mâron se faisait aborder de manière aussi minable. Elle commençait à s'y habituer même si ça ne lui plaisait pas particulièrement. Cependant, elle savait qu'elle allait pouvoir se défouler. Elle se comporta comme elle le faisait toujours. Elle sourit malicieusement.
« Tu sais que toi aussi tu es mon genre…
- Oh ! Oh ! Oh !
- T'as une touche, on dirait ! Et elle est canon, la poupée ! Tu m'en laisseras un peu, après.
- Tu rêves, je garde tout pour moi ! »
Tous les loubards, y compris les filles, riaient grassement. C'était une constante chez les membres de gangs de la ville, qu'il soit garçons ou filles, hétéros ou homos, ils riaient grassement aux blagues vulgaires.
« Tout à fait le genre de mec que j'aime tabasser. »

Là, tous les gloussements cessèrent en un instant.
« Quoi ?! Non mais comment qu'elle me cause l'autre pétasse ! »
Les rires reprirent de plus belle. Elle ressentait un grand plaisir à l'idée qu'elle allait se défouler.
« Ha ! Ha ! Ha ! Comme il s'est fait casser !
- La honte !
- Vos gueules !
- Hé ! Hé ! Mais il est mignon le garçon qui l'accompagne ! J'en ferais bien mon quatre heures ! »

Si Mâron attirait les machos musclés et sans cervelles, Hazel, lui, attirait les filles vulgaires ou les cruches qui voulaient se faire passer pour rebelles. Tous les deux avaient déjà eu de nombreux petits-amis et petites-amis, mais ils étaient toujours tombés sur ce genre de personnes, et ils s'en lassaient très rapidement. Jusqu'au point où ils décidèrent d'arrêter complètement les petits-amis. D'ailleurs, ils ne comprenaient même pas pourquoi ils avaient commencé à en avoir. Probablement juste pour voir quel intérêt les autres y portaient. Eux n'y avaient rien vu d'intéressant.

La loubarde prit une pose aussi provocante que sa tenue et tenta de caresser le dessous du menton de Hazel du bout de son index. Celui-ci lui attrapa prestement la main.
« Ôte tes sales pattes !
- Doucement, mon mignon. On ne parle pas comme ça aux demoiselles.
- Si tu veux jouer la "demoiselle", ne soit pas aussi vulgaire ! »
Cette dernière remarque acheva de jeter de l'huile sur le feu. Mâron, qui commençait à s'ennuyer d'attendre de donner une leçon de bonnes manières au tas de muscles, n'en fut que plus satisfaite. Hazel aussi d'ailleurs.

Avant que le gérant, qui avait senti que les choses allaient barder, n'ait eu le temps de leur demander de quitter son établissement, une demi-douzaine d'autres voyous se rassemblèrent autour des jumeaux. Ces derniers se jetèrent un regard, sourirent, puis se lancèrent sur la personne qui les avait le plus indisposé. Mâron fonça donc droit sur le tas de muscle, celui-ci n'eut pas même le temps de réagir que déjà la "petite blondinette" lui avait donné un coup de poing sur le sternum, il se tordit de douleur, le souffle coupé et se tenant la poitrine. Celle qui avait abordé Hazel eut plus de réflexes et leva la jambe pour tenter une attaque. Hazel esquiva en tournant sur lui-même et dans le même mouvement lui enfila un coup de pied sur le dos. Elle s'étala au sol. Premier k.o.

Au moment où Mâron avançait pour en finir avec son adversaire, d'autres voyous foncèrent sur elle, le poing déjà levé. Celle-ci évita leurs attaques au dernier moment en s'accrochant à la tête du tas de muscle qui n'avait pas encore récupéré son souffle. Elle se teint dressée sur les mains, appuyée sur lui une fraction de secondes, juste le temps pour que ses deux agresseurs soient suffisamment proches l'un de l'autre. Et là, elle se laissa tomber en ajoutant sa propre force sur ses genoux qui vinrent se fracasser sur la tête des deux voyous. Puis continuant sur sa lancée elle repoussa la tête de celui sur qui elle venait de s'appuyer pour reprendre de la hauteur et redressant l'avant bras, lui mit un coup de coude sur la nuque. Elle ratterrit élégamment. Plus que quatre.

Hazel, pendant ce temps, taclait l'un de ses adversaires. Celui-ci s'écroula sur le dos. Il se retrouva donc épaule à épaule avec Hazel. Ce dernier lui envoya un coup de coude au visage. Un autre l'attaqua avec un banc pris dans la salle, il tenta de frapper les jambes du jumeau avec, mais il ne rencontra que le sol. Déjà, Hazel avait levé ses jambes, son adversaire n'eut que le temps de voir les pieds de celui-ci arrivés sur sa figure. Il fut alors éjecté contre une machine de jeu qui fut endommagée sous le choc. Dans un même élan, le jumeau se remit debout et s'élança sur un autre loubard, l'éjectant violemment sur une machine qui encore une fois explosa. Mâron, quant à elle, défenestrait la dernière avec un jeté.

« Partons ! Cet endroit est un trou à rats !
- C'est ce que tu dis à chaque fois, sœurette.
- Ça, c'est parce que tu choisis toujours des endroits minables et que comme une idiote je te suis. »
Ils ramassèrent leurs vestes, toutes deux en jeans avec des cols en laine, ainsi que quelques pièces des machines d'arcades détruites. Hazel fouilla le grand loubard et prit son étui à capsules hoipoi.
« Hé ! Hé ! J'espère que t'as de belles caisses. En tout cas, maintenant, elles sont à moi. »

Ils sortirent de la salle de jeu. Les passants s'étaient entassés à l'entrée devant la fille défenestrée par Mâron. Hazel sortit une capsule et l'activa. Un skycar maquillé blanc en sortit.
« Waouh ! Pas mal ! »
Il monta dedans, lançant quelques expressions d'admirations. Il s'aperçut soudainement que sa sœur le fixait.
« Allons ! Ne fais pas cette tête, Mâron ! Monte ! On va aller dans un magasin de fringues ! Et on va essayer cette caisse pour voir ce qu'elle a dans le ventre ! »
Elle soupira, il n'était définitivement qu'un gamin. Elle monta dans le skycar. Hazel décolla et fonça à toute vitesse vers Jucshin, le quartier chic de la ville. Hazel était devenu un passionné des véhicules en tout genre et d'armes à feu, tandis que Mâron… Et bien, Mâron faisait semblant de s'intéresser aux vêtements et à la mode. Mais en réalité, rien ne l'intéressait vraiment, et de façon générale elle avait l'impression de s'ennuyer ferme, c'est pourquoi elle s'était choisie une "passion". Même si elle ne la "passionnait" pas, c'était encore ce qui l'ennuyait le moins.

Ils sortirent du skycar. Ils étaient dans une large et très étendue avenue avec des boutiques de luxe tout le long. On voyait facilement que les gens qui s'y promenaient étaient des hautes couches de la société, tous richement vêtus qu'ils étaient. Mâron se dirigea alors vers la boutique de vêtements qui lui semblait le moins ennuyeux. Tout le monde les regardait, mais pas à cause de leur beauté, plutôt à cause de leurs airs de racaille qui jurait avec les lieux. Entrant dans le vaste magasin avec des verrières au plafond, Mâron se fit interpeller par une vendeuse élégamment habillée et coiffée.
« Euh… Puis-je vous aider, mademoiselle ?
- Non, merci. »
Sa voix était suffisamment sèche pour dissuader la femme d'insister. Mâron essaya un très grand nombre de vêtements, ne remettant jamais rien à sa place. Elle prit bien une heure pour essayer toutes sortes de vêtements laissant tout en désordre au grand désarroi des employées. Comme à son habitude, l'adolescente mit discrètement dans une capsule hoipoi les habits qui lui plaisaient, laissa tout le reste sur place et sortit. Ni vu, ni connu. Les vendeuses n'avaient plus qu'à tout ranger et à constater lors de l'inventaire la disparition de certains de leurs articles.
« Au… Au revoir, mademoiselle. »

Mâron rejoignit son frère qui commençait à s'ennuyer à l'attendre dans le skycar.
« Le "shopping" a été bon ? »
Mâron ne répondit rien. Hazel haussa les épaules, démarra et ils s'envolèrent. L'adolescent continua à s'amuser avec son nouveau jouet un moment. Il allait le plus rapidement possible et s'en amusait beaucoup. Ils se firent même courser par la police, mais Hazel était vraiment très doué et il les sema facilement. Ils arrivèrent finalement dans les montagnes qui entouraient la ville. Il décida alors de changer de véhicule. Il essaya plusieurs capsules hoipoi, et tomba finalement sur un modèle rétro rouge à quatre roues.
« Parfait ! C'est ce qu'il nous faut ! Avec ça, on va pouvoir faire des virages serrés et de beaux dérapages. »

Ils passèrent ainsi une bonne partie de l'après-midi. Même Mâron avait apprécié ces prises de risques. Finalement ils stoppèrent le véhicule près d'une falaise pour se détendre. On y avait une vue imprenable sur Kita no Miyako. On pouvait observer toute l'agitation de l'ensemble de la ville, les grands buildings, les tours, les bâtiments ronds, les batisses sphériques posées sur des des pilones de béton, les skycars qui volaient, des montagnes brunes à perte de vue comme arrière-fond et un ciel d'un bleu sans nuages. Il faisait chaud pour une journée d'octobre. Ils restèrent un moment silencieux.

En principe aujourd'hui était un jour de lycée, mais ce n'était pas la première fois que les deux adolescents séchaient. En fait, ils allaient au lycée juste assez souvent pour ne pas être renvoyés. Cela leur donnait une excuse pour ne rien faire. Le plus incroyable était que leurs notes étaient stables, pas exceptionnelles, mais suffisantes. Ce qui faisait dire aux professeurs qu'ils pourraient être d'excellents élèves et faire de grandes études s'ils arrêtaient de "zoner", comme les deux jumeaux aimaient à le dire.

Le directeur avait convoqué leur père à plusieurs reprises, mais c'était peine perdue, cela faisait belle lurette que Nato n'avait plus la moindre influence sur ses enfants. Certains professeurs, consciencieux dans leur travail, avaient tout essayé pour susciter l'intérêt des deux lycéens. Mais rien n'y faisait. Les autres, plus nombreux, ne les considéraient que comme de la racaille et ressentaient même du soulagement quand ils ne venaient pas en cours. Ils ne comprenaient pas l'attention que leur portaient les professeurs qui voulaient les aider. Mâron et Hazel avaient la particularité de les rendre très nerveux. Les enseignants se rendaient compte qu'ils ne les impressionnaient pas le moins du monde, et même si les deux élèves n'avaient jamais agressé personne, que ce soit physiquement ou oralement, dans l'enceinte du lycée, ces instituteurs n'avaient pas le moindre doute qu'ils le feraient sans hésiter à la plus minime indisposition. C'était par ailleurs l'opinion de la plupart des autres étudiants du lycée. Ils connaissaient tous leurs activités en dehors des cours. La majorité d'entre eux préféraient éviter les jumeaux, seuls ceux qui faisaient parti des bandes de voyous, ou les personnes qui fantasmaient sur les "rebelles" osaient s'approcher d'eux, mais le plus souvent le frère et la soeur les envoyaient paître.

En fait, la plupart des activités des jumeaux consistaient dans le vol, les courses avec des véhicules et la bagarre avec des loubards. Le combat et les courses étaient à peu près les seuls choses qui les faisaient éprouver des sensations. Le vol, c'était parce qu'ils voulaient avoir ce qu'ils désiraient, mais n'avaient pas envie de travailler pour ça. Ils avaient cessé l'entraînement depuis près de trois ans. Les relations avec leur père s'étaient dégradées à un point de non-retour. Mais c'était exactement ce qu'ils voulaient. Nato avait fait à peu près tout ce qu'il pouvait pour se rapprocher d'eux, et parfois même les jumeaux avaient été touchés par ses efforts. Mais ils ne pouvaient pas, ils refusaient de revoir en lui un père. Le problème n'était pas tant de lui pardonner, ça ils l'avaient fait depuis longtemps. Le problème était plus profond. S'ils avaient accepté de recevoir l'attention qu'il avait refusée à leur mère, ils auraient eu l'impression de la trahir. C'était elle qui en avait eu le plus besoin, sans jamais la recevoir. Mais il était impossible de revenir en arrière. Plus rien ne pourrait rattraper ça. En tout cas, ils ne voulaient pas retrouver une vie de famille normale après ce qu'il s'était passé, pour les deux jumeaux cela aurait été la plus grande des injustices. Surtout après ce qu'elle avait dit sur la mort, à son décès… Ils ne pouvaient pas imaginer reprendre une vie heureuse, en sachant "où" était leur mère.

« Tu te souviens de quand elle est morte ? »
Mâron regarda son jumeau, surprise qu'ils pensent tous deux à la même chose. Elle sourit légèrement. Il n'était pas son frère pour rien.
« Comment je pourrais l'oublier ?
- Tu… Tu te rappelles de ces choses qu'elle a dit sur la mort ? »
Le visage de Mâron s'assombrit.
« Oui…
- Tu crois que c'était vrai ? Tu crois qu'elle est en train de souffrir en ce moment ? »

Mâron regarda Hazel, un peu étonnée, c'était la première fois qu'il lui parlait aussi ouvertement. À vrai dire, après la mort de leur mère, même si le frère et la sœur étaient restés très proches l'un de l'autre, ils n'avaient jamais eu de grandes conversations, et leurs discussions étaient somme toute assez superficielles. Alors de là à parler de leur mère et de sa mort... Mâron n'eut pas le temps de répondre, il le fit par lui-même.
« Quelle question idiote ! Bien sûr que oui ! Elle était déjà morte une fois. Elle savait à quoi s'en tenir… Et puis, malgré que Nato ait tenté de se rapprocher de nous après son décès, il n'a jamais voulu aborder ce sujet. Il s'est pourtant montré ouvert pour tout, y compris sur ce qu'il a ressenti durant les années juste avant… Mais la mort… Ça… … Quel monde pourri. »

Mâron réfléchissait. Toute une vie pour en arriver là. À quoi tout cela servait-il ? Oui, "pourri" était le bon mot. Elle se sentait prisonnière. La vie ne lui semblait d'aucun intérêt, mais la mort était bien pire. Elle était obligée de subir. Elle n'en voulait plus à son père depuis longtemps, mais elle en voulait à sa mère. Elle avait baissé les bras, elle s'était laissé aller, plutôt que de se battre. Si elle avait relevé la tête, elle n'aurait pas traversé et ne se serait pas fait renverser. Et leur vie aurait peut-être été différente. Mais rien ne servait de regretter le passé, et puis elle ne parvenait pas à haïr sa mère. Elle savait très bien que cette rancune était injustifiée, même si elle ne parvenait pas à s'en séparer. Et la savoir "là" où elle était, horrifiait Mâron.

« Elle a dit quelque chose ?
- Pardon ?
- … Elle… Elle a dit quelque chose avant de mourir… ? »
Mâron resta bouche bée un moment.
« Oui… »
Hazel qui regardait droit devant lui jusque-là, porta son attention vers sa sœur.
« Qu… Quoi… ? »
Mâron tourna sa tête de l'autre côté. Son frère ne voyait plus son visage. Elle resta un court instant silencieuse.
« Je ne sais pas…
- Hein… ?
- Elle a dit quelque chose, mais je n'ai pas compris quoi. J'ai voulu lui faire répéter, mais elle a fermé les yeux et le cardiogramme s'est mis à… … Je n'ai pas entendu ses toutes dernières paroles… »

Sa voix était tremblotante. Hazel n'insista pas. Il s'était toujours demandé quels avaient été les derniers mots de sa mère. Il ne savait pas pourquoi, mais quelque part il espérait que ces dernières paroles auraient pu le réconforter. Lui enlever cette impression que tout était vain. S'il les connaissait, sa vie aurait pu prendre une toute autre tournure, avoir un sens. Sa mère était en quelque sorte ce qui l'avait emprisonné dans cette vie, mais en même temps ce qui lui apportait l'espoir. Mais il savait qu'il y avait peu de chances que ses dernières paroles lui apportent le réconfort qu'il attendait, c'est pourquoi il n'avait jamais osé demander à sa sœur. Jusqu'à ce jour-là. Mais finalement elle n'en savait pas plus. C'était sûrement mieux pour lui. Au moins, il pouvait conserver ce reste d'espoir. Ses pensées se concentrèrent sur sa jumelle, elle avait été là pour ses derniers instants, mais elle n'avait pu comprendre ses derniers mots…

« Tu ne crois pas qu'on est pas très logiques… ?
- Comment… ? »
Elle le regarda, intriguée.
« Et bien, oui, même si nous ne savons pas exactement ce qu'il y après, nous savons au moins que c'est certainement pas très joyeux… »
Il marqua d'un ton ironique le mot "joyeux". Mâron ricana presque, tourna la tête devant elle en fermant ses yeux d'un air pensif et croisa les bras, avant de répondre.
« Tu t'imagines vivre une vie tranquille, bien rangée et bien propre ? Toute emplie de prudence et de sécurité ? Bien étudier pour avoir d'excellentes notes et pouvoir faire des grandes études ? Puis trouver un bon travail, avoir des ambitions ? Te marier ? Avoir des enfants ? Tout en sachant que maman est dans cet "après"… Sachant que tu l'y rejoindras un jour ou l'autre ? … Ainsi que tes enfants ? Tu crois pouvoir leur faire aimer le monde ?
- Humpf ! Pas vraiment ! »
Il fit une grimace. Elle lâcha un petit ricanement amer.
« C'est aussi entre autre pour ça que nous ne nous sommes jamais réconciliés avec Nato…
- Ça et le fait qu'il ait laissé coulé maman… ? Je ne sais pas pour toi, mais je ne lui en veux plus vraiment…
- Nous savons très bien tous les deux que là n'est pas le problème… La question n'est pas de lui pardonner ou non… Nous n'allons quand même pas prendre quelque chose qu'il a refusé à notre mère… »
Hazel regarda sa sœur, étonné. Alors ils pensaient exactement la même chose ? Il se reconcentra sur l'horizon.
« … Depuis combien de temps ne l'avons-nous plus appelé "papa"… ? »
Mâron entrouvrit légèrement la bouche, mais ne répondit rien.
Dernière édition par San999 le Jeu Fév 09, 2012 12:21, édité 2 fois.
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Messagepar PaPoY » Dim Aoû 19, 2007 14:59

:D bravo encore mais ... LA SUITE VITE!!! jusqu'ici pour moi c parfait continu c génial de te lire :wink:
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Messagepar San999 » Sam Aoû 25, 2007 12:22

Merci!! :D




Chapitre 5: Les Rifles




Ils rentraient dans leur quartier, parcourant la route goudronnée bordée de trottoirs aussi gris que les ennuyeux grands ensembles de locations rectangulaires ou hémi-ovoïdes du coin, entourés de pelouses rases en meilleur état et bien plus vertes que les buissons et les arbustes qui les parsemaient. Quelques petits parcs pour enfants, parfois en piteux état, complétaient le décors. Ils arrivèrent près de leur appartement. Hazel rangea le skycar type militaire, qu'il avait voulu essayer en partant de la falaise. Ils avaient décidé de rentrer pour prendre une douche et changer de vêtements, mais ils n'allaient pas rester à la maison. Il n'était encore que huit heures du soir. Le temps s'était rafraîchi. Au moment où ils allaient entrer dans leur immeuble, ils entendirent des voix venant du coin du bâtiment.

« Aller, gamin, file-nous le fric qu'on t'a demandé !
- Hé ! Hé ! Pas mal ! Beaucoup plus qu'on ne le croyait !
- Fu ! Fu ! Ça paie d'employer un gosse !
- La prochaine fois, tu nous en prendras encore plus. N'est-ce pas, Soy ?
- Qu… Quoi ? Mais… Mais vous m'aviez dit qu'après cette fois, c'était bon !
- Allons ! Allons ! Tu nous rapporte tellement que ce serait dommage d'arrêter !
- Mais… Mais mes parents vont finir par s'en rendre compte…
- Voyons, Soy, tes parents ne te soupçonneront jamais. Pas toi, le bon petit Soy. Et puis, ils ont un magasin, c'est pas avec le peu de fric que tu leur pique dans la caisse qu'ils vont s'appauvrir.
- Mais… Mais non, ils…
- Ça suffit ! Tu feras ce qu'on te dit ! À moins que tu ne veuille qu'on te brise tous tes petits doigts. Ou qu'on fasse un petit casse dans le magasin de tes parents. Là, c'est sûr, il ne leur restera plus rien…
- Quoi… Mais je… … D'accord…
- C'est bien ! Hu ! Hu ! »

Les deux raquetteurs se mirent à rirent et blaguer. Le quartier était devenu très mal fréquenté ces dernières années. Et Mâron et Hazel faisaient partie de ces mauvaises fréquentations. Mais une chose était sure, ils avaient horreur de ce genre de loubards, imbus de leurs forces mais incapables de l'utiliser contre des gens qui puissent riposter. Ils trouvaient particulièrement insupportable leur arrogance, alors qu'ils se comportaient comme les pires des cafards et étaient incapables de faire quoi que ce soit par eux-mêmes. Ils le supportaient d'autant moins que cela se passait dans leur quartier. Et puis ils trouvaient là un autre prétexte pour se battre. Les deux jumeaux allèrent les rejoindre. Et effectivement deux grands costauds, l'un chauve et l'autre avec des cheveux noirs en pics, portant des blousons noirs sur des jeans troués étaient face à un enfant d'une dizaine d'années, un petit rouquin, portant une veste de cuir brun usée et bien trop grande pour lui, par-dessus un t-shirt au nom d'un groupe de musique à la mode et un short kaki. Quand ils les virent, l'un des deux raquetteurs dit :

« Oh ! Vous deux… Je vous ai déjà vus. Vous êtes du quartier comme nous. Je sais que vous êtes de vrais durs. Mais il faut être équitable, alors si vous voulez lui soutirer de l'argent, je suis désolé, mais c'est chasse gardée. Mais on peut vous refiler une petite part, vous vous joignez à nous. Qu'en dites-vous ?
- Tu n'as pas d'ordre à nous donner ! » rétorqua Hazel
« Oh ! Oh ! Calme-toi ! Et puis, je suis sûr qu'en cherchant bien, vous trouverez votre propre poule aux œufs d'or. »
Ce disant, le loubard essaya de poser une main amicale sur l'épaule de Hazel, mais celui-ci la lui prit et la tordit violemment.
« Aaaaaaaah ! Mais t'es malade ?! Lâche-moi immédiatement !
- Je t'interdis de nous mettre dans le même panier que des larves telles que vous, gros tas de muscles sans cervelle !
- Hé ! Mais pour qui tu te prends, pour nous traiter de haut comme ça !? Vous ne valez pas mieux que nous ! Vous aussi n'êtes que des vermines ! »
C'en fut trop pour Hazel. Il lui enfonça un genou dans le ventre, et le voyou se plia. Hazel lui enfila son coude sur la nuque, son adversaire s'effondra au sol.
« Je t'avais dit de ne pas nous mettre dans le même panier. »
Son partenaire fonça sur Hazel.
« Tu va voir, sale… »
Il n'eut pas le temps de terminer sa phrase que Mâron se trouvait déjà devant lui. Elle laissa le poing de la brute passer dans son dos, tandis qu'elle lui donnait un coup de l'épaule gauche au torse. Elle accrocha sa jambe avec la main gauche et agrippa son t-shirt avec l'autre main, puis se servant de son épaule comme d'un appui, elle le souleva et le jeta au sol. Il tomba la tête la première sur le sol, assommé sur le coup.
« Keuf ! Quels minables ! » siffla Hazel.

Le jeune garçon resta un moment bouche bée. Il connaissait les jumeaux de réputation, de sale réputation. Mais non seulement ils venaient de l'aider, mais en plus ils avaient pu mettre à terre ces deux hommes près de deux fois plus massifs qu'eux. Il n'en revenait pas. Le frère et la sœur étaient sur le point de partir, lorsque Soy se décida à ouvrir la bouche.
« Euh… Me… Merci ! »
Hazel se retourna en souriant malicieusement.
« Pas la peine de nous remercier. Nous n'avons pas fait ça pour toi. Nous ne faisons que défendre notre territoire, et nous ne supportons pas ce genre de mecs. Reprends ton fric maintenant, et remets-le dans la caisse de tes parents.
- C'est que… Si je fais ça, ils risquent de m'en faire baver… »
En disant cela, l'enfant regarda les deux voyous. Le frère et la sœur le toisèrent un moment en silence. Puis Mâron revint sur ses pas. L'un des deux raquetteurs était encore à moitié conscient. La jeune femme décida de le réveiller complètement. Elle lui marcha donc sur l'auriculaire de la main gauche de façon à le lui tordre et le briser. Le pauvre diable se mit à hurler.
« Aaaaaaah ! Putain ! Mon doigt ! Mon doigt ! Tu me l'as pété ! Sale garce ! »
Mâron sourit sadiquement.
« Et bien alors ? C'est pourtant bien ce que tu menaçais de faire à ce gosse il n'y a même pas cinq minutes, non ? Incapable de supporter ce que tu te proposes de faire aux autres ? »

Son sourire s'effaça pour prendre une expression plus dure. Elle prit par les cheveux l'homme gémissant encore.
« Écoute-moi bien, sale larve ! Je vais être claire, à partir de ce jour, mon frère et moi, on va être sans arrêt sur vos dos à ton pote et toi. Car ici, c'est notre quartier. Alors si jamais votre comportement de petits cafards nous déplaît encore une fois, on ne vous cassera pas que vos "petits doigts". Est-ce que c'est clair ? »
Son regard et sa voix glacials avaient été plus que suffisamment effrayants pour qu'il hoche la tête en signe d'assentiment. Aucun son ne sortait plus de sa bouche.
« Bien ! Donne-moi l'argent que vous lui avez pris. »
Il s'exécuta sur-le-champ.
« Tiens, petit ! Voilà l'argent. Si jamais ils rejouent les idiots, dis-le-nous ! » dit-elle avec un sourire malicieux.
Elle s'adressa encore au voyou en reprenant un air menaçant.
« Si on apprend que vous faites pression sur lui pour qu'il vous couvre… »
La menace était plus que claire. L'homme déglutit. Mâron le lâcha. Il recommença à triturer son auriculaire cassé. Les jumeaux se redirigèrent vers l'entrée de leur immeuble.

« Att… Attendez ! »
Les jumeaux se retournèrent. Soy courut vers eux.
« Je m'appelle Soy. Et vous ? »
Les jumeaux ne répondirent pas. Ils continuèrent simplement à marcher vers l'entrée.
« J'ai un peu entendu parler de vous. Mes parents disent que vous vous bagarrez souvent dans le quartier et que vous êtes de la mauvaise graine. Mais je crois qu'ils ont tort. Vous frappez juste les sales types. N'est-ce pas ?
- Il nous prend pour des super héros ou quoi ? » pensa Hazel.
Mâron répondit : « Écoute, gamin. Comme mon frère te l'a dit, on a juste fait ça car ces types nous déplaisaient et parce qu'on aime se battre. Ne te fais pas d'illusion. »
Le petit rouquin lui fit un large sourire plein d'une malice innocente. Apparemment, il ne la croyait pas. Mais finalement elle s'en fichait, il pouvait croire ce qu'il voulait. Tandis qu'ils continuaient à se diriger vers l'immeuble, Soy poursuivait, ses yeux verts pétillant de joie.
« Vous êtes vraiment très forts. J'ai même pas pu bien voir comment vous les avez mis k.o. C'était trop fort ! En quelques secondes vous les avez étalés ! Bam ! Comment vous avez appris à vous battre ? C'était quoi cette technique ? Vous voulez me l'apprendre ? Vous vous appelez comment ? »
Hazel se dit en lui-même : « Mais il va se taire… ? Il commence à me gonfler. »
Mâron, elle, restait stoïque. L'enfant continuait de leur parler et entra en même temps qu'eux dans leur immeuble. Le hall contenait toutes les boites aux lettres, une bonne cinquantaine, les murs étant comme ceux du reste de l'habitation, d'un brun morne.
« Euh… Tu ne vas quand même pas nous suivre jusque chez nous… ? T'as des parents, non ?
- Ben… J'habite ici…
- Je vois… » reprit Hazel sur un ton las.

Il continua à les assommer de questions dans le spatieux ascenseur et à essayer de mimer les gestes de leur bref combat, et il put même obtenir leurs noms. Il sortit un étage avant eux.
« Ciao ! À bientôt !
- Oui, c'est ça… J'espère que tu vas déménager… »
Mais l'enfant n'entendit pas Hazel.
« Raaaah ! Ce qu'il a pu me pomper l'air ! On aurait peut-être mieux fait de laisser ces brutes s'occuper de lui… »
En même temps qu'il disait ça, il se tourna vers sa sœur et vit qu'elle souriait doucement. Il se mit aussi à sourire. Quand ils rentrèrent chez eux, leur père les attendait, dans son costard de travail noir, les cheveux attachés.
« Où étiez-vous passé ? Le directeur m'a appelé. Vous avez encore séché les cours ! »
Les jumeaux ne répondirent rien. Il continua.
« Mais qu'est-ce que vous avez à la fin ? Si ça continue, vous allez vous faire virer de votre lycée ! C'est ça que vous voulez ? Soyez un peu responsables ! Vous êtes encore allés vous battre ? Vous ne respectez même plus les principes des arts martiaux ! En plus cela fait trois ans que vous ne venez plus à l'entraînement !
- Et à quoi ça servirait ? Nous t'avons dépassé, » lui répondit froidement Hazel.
- Et ça vous donne le droit de vous comporter en vauriens ?! Vous ne deviendrez jamais des gens respectables si vous continuez ainsi. Ce n'est pas comme ça que vous parviendrez à être heureux.
- Et à quoi ça servirait d'être "respectable" ou "heureux" ? Qu'est-ce que cela peut bien faire, une fois que tout est fini ? »
Mâron avait dit ça sur un ton parfaitement détaché. Nato ne sut quoi répondre. Hazel se dirigea vers la salle de bain pour prendre une douche. Sa sœur alla dans sa chambre et jeta ses achats dans son armoire. La pièce était très simple. Un lit en bois clair avec des draps blancs sous la seule mais grande fenêtre de la chambre, une armoire et un meuble. Aucune décoration ou accessoire ne venait la décorer. Elle essaya plusieurs tenues pour décider ce qu'elle allait mettre ce soir-là et en prit finalement une au hasard. Encore un jeans bleu déchiré avec un pull noir et une veste assortie au pantalon, elle décida de garder sa ceinture, ses gants et les mêmes chaussures. Elle mit le tout sur son lit en attendant d'aller se laver. Puis quand son frère sortit de la douche elle y alla à son tour. Hazel conserva le mêmes vêtements, prenant juste un pull bleu marine et un blouson en cuir noir, enroulant son foulard par dessus. Après avoir mangé le repas que leur père avait préparé, les jumeaux sortirent immédiatement.

Nato, assis sur le canapé du salon, face à la télé éteinte, ne tenta même pas de les retenir. Il était fatigué. Il avait tout essayé pour reconstruire une vie familiale. Mais rien n'y faisait, ils ne formaient plus une famille. Ses enfants avaient obstinément rejeté toute tentative de rapprochement de sa part. Non c'était bien pire, ils avaient rejeté l'idée même du bonheur. Et il avait fini par se demander s'ils n'avaient pas raison. Toutes ces années, où il avait essayé de sortir ce qui restait de sa famille de ce désespoir dans lequel il l'avait lui-même plongée. Mais plus il faisait d'efforts, plus il se sentait embourbé dans ce désarroi. Il se sentait comme dans du sable mouvant, plus il se débattait, plus il s'enfonçait et se rapprochait de la noyade. Il avait l'impression que ses enfants, eux, étaient sous toute cette couche de sable depuis longtemps. Il se sentait complètement pathétique et impuissant. Il en vint à regretter l'époque où il s'enfermait dans son insensibilité. Il repensa à sa femme, Dona. Elle était morte à cause de cette insensibilité, à cause de lui. Elle souffrait à présent, bien plus que lui. Il se sentait coupable. Coupable de sa mort. Coupable de leur mort huit ans plutôt. Coupable de l'état actuel de sa "famille". Coupable de n'avoir pu protéger personne, d'avoir été faible… Il se mit à pleurer silencieusement, regardant le vide à travers la fenêtre du balcon à sa droite..

----------------------------------------------------------------------------

Les jumeaux étaient dans le premier skycar qu'ils avaient volé à la bande du matin. Il faisait nuit à présent et ils étaient sur une grande route suspendue abandonnée, celle-ci allait être reconstruite. Elle était bordée des deux côtes par une barrière de béton. On voyait les lumières de la ville.

« … Keuf ! Cette caisse commence à me lasser, il faudrait que j'en prenne une autre.
- Tu vas encore t'en lasser. Tu te lasses toujours de tes nouvelles voitures.
- Et bien ! On a qu'à aller en piquer d'autres. Si on allait au magasin de capsules hoipoi du centre ville ?
- Celui que la Capsule Corp. a dernièrement ouvert à côté du centre commercial ? Il est fermé à cette heure.
- Et alors ? »
Mâron sourit à la réponse de son frère. Mais elle se concentra sur autre chose. Il lui semblait que la route se remplissait bien soudainement de véhicules en tout genre.
« Hazel.
- Oui, j'ai vu. Hé ! Hé ! On dirait qu'on nous cherche. On va bien s'amuser ! »

Hazel accéléra. Les véhicules du gang qui les poursuivaient, firent de même. Les deux jumeaux sourirent. Cela allait devenir intéressant. Le garçon augmenta encore sa vitesse, les poursuivants aussi. Une moto arriva à leur hauteur, du côté de Mâron. Le pilote regarda la belle blonde d'un air sadique. Il leva la main qui portait une énorme chaîne et porta un coup. Mais la jeune fille attrapa son arme sans difficulté. Elle tira un coup sec et fit chavirer le motard, son engin alla se crasher contre le béton bordant la route, tandis que le pilote s'accrochait encore à la chaîne dont Mâron s'étonna de la longueur. Son propriétaire l'avait enroulée autour de son corps. Elle faisait bien trois mètres. Finalement il lâcha prise. La blonde se mit alors debout sur son siège, prête à frapper de sa nouvelle arme tout nouvel assaillant. Un motard s'approcha encore de leur skycar, du côté de Hazel. Mâron l'assomma à coup de maillons. Mais elle entendit soudainement une détonation. Elle vit une petite étincelle sur la carrosserie. Elle regarda sa chaîne, puis se tourna vers Hazel.
« Ils nous tirent dessus. Et cette chaîne est bien utile pour se battre contre les motards, mais je ne pense pas qu'elle puisse faire quoi que ce soit aux voitures et aux skycars et encore moins nous défendre des balles. »

Quelques balles sifflaient. Mais les jumeaux s'étonnaient eux-mêmes de garder leur calme. Hazel zigzaguait depuis qu'on leur tirait dessus, mais Mâron parvenait à tenir en équilibre.
« Dans ce cas, il est temps pour moi de m'adonner à mon autre passion. »
Il prit une capsule, puis l'activant, un fusil et des munitions en sortirent.
« Tu veux bien prendre le volant ? »
Mâron jeta négligemment sa chaîne qui s'écrasa sur un skycar, en brisant le pare-brise. Le conducteur perdit le contrôle et alla se fracasser sur le bord de la route en emportant deux motos avec lui. La jumelle sauta sur le siège du conducteur en même temps que Hazel se mit en position. Il commença par tirer sur les véhicules transportant des membres armés. D'abord ceux à roues, dont il était plus facile de se débarrasser. Il visa les pneus. Un à un, deux de ces véhicules rétros allèrent s'écraser sur le bord de la route, emportant avec eux deux motos. Une fois le peu de ce type de véhicules maîtrisés, il s'occupa des moteurs des skycars. Encore une fois, il fit des cartons. Bien entendu, plus cela allait, plus les membres du gang poursuivant se sentaient humiliés et fulminaient. Mais il fut vite à court de cartouches. Il avait ainsi pu éliminer deux véhicules rétros, trois skycars et six motos. Mais il restait encore une vingtaine de véhicules au total.

« Désolé, Mâron, mais je n'ai plus de cartouches. Et les autres armes que j'ai piquées aux imbéciles de ce matin sont déchargées… Mais j'ai quand même réussi à me débarrasser de la plupart des tireurs. »
À ce moment, une balle vint se loger sur la carrosserie sous ses pieds.
« La plupart…
- Balance-leur les véhicules dans les capsules, crétin !
- Oh ! Excellente idée, sœurette ! »
Il prit alors les deux capsules contenant des véhicules, puis en sortit le contenu en même temps. Les poursuivants cessèrent un instant de fulminer, pour regarder, les yeux exorbités, les deux masses leur tomber dessus. Plusieurs des leurs furent emportés par l'attaque.
« Ha ! Ha ! Ha ! Excellent ! Bien fait pour ces idiots ! »
Une autre balle vint se loger à ses pieds.
« Ils me saoulent… J'ai encore failli me faire toucher…
- Keuf ! Accroche-toi !
- Que comptes-tu faire ? »
Il eut à peine le temps de réagir que sa sœur braqua complètement le véhicule à cent quatre-vingts degrés. Hazel eut du mal à ne pas être éjecté. Il retomba sur les fesses sur le siège du passager, la tête à l'envers. La conductrice profita de l'étonnement général pour foncer entre les véhicules et s'échapper derrière eux.

« Voilà ! Classique, mais efficace !
- Ha ! Ha ! Ha ! Tu m'étonneras toujours sœurette !
- Ça suffit ! Arrête de m'appeler comme ça. Et puis ce n'est pas fini. »
Hazel regarda derrière. Passé l'effet de surprise, le gang avait repris la poursuite. Et même si Mâron les avait quelque peu distancés, ils ne tarderaient pas à les rattraper.
« Qu'ils sont collants !
- Et ce n'est pas tout. »
Hazel regarda devant et vit que d'autres voitures se dirigeaient vers eux.
« Qu'est-ce que… ?
- Évidemment. Cela aurait été trop facile ! Ceux que nous avons dépistés tout à l'heure ont simplement sorti d'autres véhicules de leur capsules… »
Hazel regarda sa sœur pendant qu'elle expliquait ça, puis reporta son attention devant.
« Et merde ! Cette fois, on est mal… »
Des gouttes de sueur commencèrent à perler sur les visages des deux jumeaux. Mâron freina soudainement.
« Hé ! Mais qu'est-ce que tu fais ? T'es dingue ! ? On ne pourra jamais tous les vaincre, ils sont trop nombreux !
- On ne pourra jamais les semer non plus. Je vais essayer quelque chose. En espérant que ça marche… »
Hazel eut un air surpris, puis sourit.
« Je te fais confiance. »

Ils sortirent tous les deux du skycar. Ils étaient complètement encerclés. Ils jaugèrent ceux qui déjà descendaient de leurs véhicules en ricanant, prêts à en découdre. Dans le tas, ils reconnurent quelques uns des membres du gang qu'ils avaient étalés le matin.
« Je vois. C'est une vengeance… » souffla Hazel.
« Hé ! Hé ! Et oui ! Vous ne vous doutiez pas que nous faisions partie du gang des Rifles, hein ? Vous allez payer cette humiliation. »
Il commençait à s'approcher des jumeaux. Hazel lui jeta un regard qui le fit reculer.
« Grrr ! Tu vas voir si tu gardes toujours cette arrogance après qu'on se soit occupé de vous…
- Bon ! Où est le chef ici ? »
Elle avait dit ça avec une telle autorité que chacun des voyous stoppa ses mouvements. Elle avait une voix ferme, claire, parfaitement audible mais sans crier. Ils n'en revenaient pas. Comment deux personnes aux carrures si banales pouvaient-elles avoir une telle présence ? Mâron attendit quelques secondes, puis vit une voie se dégager parmi les loubards et une femme imposante apparut entre eux. Ses cheveux blonds foncés étaient tressés en une large natte. Elle était tout en cuir noir : veste, pantalon, larges bottes, serre-tête et un maillot qui permettait de voir tous ses abdos. Elle était vraiment bien bâtie, sans être un tas de muscles. Un regard noir et dur, elle avait vraiment du charisme.

« C'est moi. Qu'est-ce que tu me veux ? Tu veux me supplier de vous laisser en vie ? Négocier ? Désolé, mais c'est trop tard, il aurait fallu y penser avant de nous provoquer.
- Non, ce n'est pas ça. En fait, mon frère et moi savions parfaitement qui étaient tes sbires que nous avons étalés ce matin.
- Pardon !? Tu vois dans quelle situation vous vous trouvez ? Et tu me provoques encore ? Quelle impertinente ! »
Hazel regardait sa sœur, inquiet. Que cherchait-elle à faire ?
« En fait nous cherchions à te provoquer pour attirer ton attention. Nous voulions te rencontrer.
- Quoi ? Et pourquoi vouliez-vous me rencontrer ?
- Et bien, nous avions entendu parler de ta réputation. Et mon frère et moi cherchons depuis longtemps un adversaire à notre taille. Nous espérions voir à quel point tu es forte en nous battant avec toi chacun son tour. »
La cheffe eut un air très surpris. Quant à Hazel, il était bluffé par la petite improvisation que sa sœur venait de faire. Ils n'avaient jamais entendu parler des Rifles avant. Mais est-ce que cela allait marcher ?
« Ha ! Ha ! Ha ! Ha ! Tu as du cran, petite ! Je ne m'attendais pas à ça. Un bon petit combat ne serait pas de refus !
- Mais, cheffe… » tenta de protester une des victimes féminines de Hazel et Mâron.
« La ferme ! » Elle avait apparemment suffisamment d'autorité pour calmer facilement ses hommes et femmes.
« Mais avant… J'aimerais que tu fasses une chose. … Dis mon nom. »

Mâron ne s'attendait pas du tout à une demande pareille. Cette cheffe était plus maligne qu'elle ne le pensait. Elle regardait la jumelle avec un sourire satisfait. Comment allait-elle s'en sortir ? Il fallait qu'elle trouve quelque chose et vite.
« Barett. Tu t'appelles Barett. »
Mâron se tourna vers son frère.
« Je vois que ce n'était pas du bluff… Bien ! J'accepte votre défi ! »
Mâron n'en revenait pas. Comment Hazel avait-il pu savoir son nom ? Son jumeau était satisfait d'avoir deviné juste. La plupart du temps les membres des gangs se choisissaient un nouveau nom en rapport avec celui de leur bande. Le barett M82 étant le fusil* au plus gros calibre, la cheffe avait donc de fortes chances de choisir ce nom. Sa connaissance des armes venait de leur sauver la vie.

« Mais j'aimerais ajouter un petit peu de piment. D'après ce que m'ont raconté mes gars, vous avez l'air assez forts, c'est d'ailleurs pourquoi j'accepte ce défi, car moi aussi j'aime les combats intéressants. Mais pour en venir au fait, si je vous bats tous les deux à la suite, j'aimerais que vous rejoigniez mon gang. Des gens de votre trempe et de votre cran, c'est pas tous les jours qu'on en rencontre. »
Les jumeaux furent très surpris par cette proposition.
« Et si c'est nous qui gagnons ? » demanda Mâron.
- Hé ! Hé ! Je ne pense pas que cela arrivera, mais ok. On va dire que si l'un de vous gagne après que j'ai vaincu l'autre, nous repartirons chacun de notre côté, je reprendrais juste ce que vous nous avez volé. Enfin… Ce qu'il en reste. Mais le plus intéressant pour vous, c'est que si le premier à m'affronter gagne, vous deviendrez les nouveaux chefs du gang. »

Tout le monde poussa des exclamations d'étonnement.
« Taisez-vous tous ! Je suis votre cheffe ! Vous n'avez pas confiance ? »
Tous se turent. Les jumeaux, eux, n'en étaient que plus stupéfaits.
« Eh ! C'est intéressant comme proposition ! s'exclama Hazel. Je veux bien te croire, mais je n'ai pas l'impression que tes sbires soient d'accord, vont-ils nous obéir si on gagne ?
- Pour qui tu les prends ? Quand leur chef prend une décision, ils s'y tiennent. Dans notre bande, nous avons un sens de l'honneur et je fais toujours attention à qui j'enrôle. Qu'est-ce que vous en dîtes, vous tous ? »
Une clameur s'éleva pour confirmer.
« Tu vois ? Bien ! Par lequel de vous deux je commence ? »
Hazel s'avança. Mâron lui murmura discrètement.
« Eh ! C'est moi qui ai eu l'idée.
- Justement ! Pourquoi ce serait à toi de tout faire ? »
Elle sourit.
« Commençons ! » proposa Barett.

Les deux adversaires se jaugèrent un instant. Ce fut Hazel qui engagea le combat. Il courut vers Barett. Celle-ci resta sans bouger, attendant son attaque. Il lança son poing en direction de son visage, mais au dernier moment il tourna sur lui-même et lui envoya son pied vers la tête. Elle para le coup avec son poignet, mais fut quand même repoussée un peu arrière et grimaça face à la force du coup. Le garçon tenta de reprendre l'attaque, mais la femme lança un coup de paume qu'il décida d'éviter en reculant. Une petite pause se marqua. La cheffe frictionna son poignet endolori de son autre main.
« Eh bien ! Vu ton petit gabarit, je m'attendais à ce que tu te battes surtout en te basant sur ta vitesse. Mais à ce que je vois, tu as aussi des coups puissants.
- Hh ! T'es pas mal non plus. Tu attends le dernier moment pour parer et porter tes coups. »

Hazel se précipita encore vers son adversaire, il lança son poing et comme il s'y attendait, Barett l'attrapa au poignet. Elle essaya de porter un coup de sa main sur le visage de son adversaire, mais celui-ci l'ayant prévu, esquiva facilement en se baissant. Puis profitant de son élan et de la baisse de la garde de la cheffe, il lui donna un coup de pied dans le menton. Sa tête fut propulsée en arrière. Sachant que cela ne suffirait pas à la mettre k.o., il lui enfila une manchette sur le sternum. Se redressant pour se tenir la poitrine, elle lâcha le poignet de Hazel. Celui-ci fit un tour sur lui-même et lui donna un coup de coude dans le ventre. Puis, dans le même mouvement, il agrippa son adversaire par un bras et sa ceinture et la propulsa au sol la tête la première. Elle était k.o. Il y eut un gros silence. Personne dans le gang ne comprenait comment leur cheffe avait pu être vaincue aussi facilement. Ils n'eurent pas le temps de réagir qu'ils entendirent les sirènes de la police. Ils montèrent tous dans leurs véhicules et démarrèrent. Sans réfléchir Hazel prit Barett dans le skycar.
« Mais qu'est-ce que tu fais avec elle, idiot ??
- Euh… Je sais pas… »
Il la déposa à l'arrière et Mâron démarra au moment où il monta. La police s'était mise à poursuivre le gang, mais elle était encore assez peu nombreuse et ils avaient peu à en craindre. En principe, ils auraient dû se séparer pour semer la police, mais avec leur cheffe au bord du skycar des jumeaux, ils ne savaient que faire. Quant à Hazel et Mâron, ils pestaient de ne pouvoir se débarrasser des pots-de-colle.

« Vous vous êtes choisi des noms ? »
Ils se retournèrent. Barett venait de se réveiller.
« Pardon ?
- Des noms ! Vous êtes les nouveaux chefs du gang des Rifles, non ? Vous devez vous choisir un nom de fusil pour être des Rifles.
- Hein !
- Alors ? »
Hazel réfléchit. « Nous sommes des jumeaux. Nous pourrions prendre un fusil au nom double et se partager chacun un nom… Le mosin-nagant… ? Qu'en penses-tu, Mâron ? Moi, je prends Nagant et toi Mosin ? »
Mâron sourit.
« Pfff ! Quels noms nuls ! Mais ce sont des noms de fusil, on ne pourra pas faire mieux.
- Alors, Barett ? Ces noms ne sont pas pris, j'espère ?
- Keuf ! Si c'était le cas, les propriétaires en changeraient ! »

L'ancienne cheffe prit une capsule hoipoi, en sortit un mégaphone, se mit debout regardant en arrière et mis l'appareil devant sa bouche.
« Et alors petits imbéciles ?! C'est comme ça qu'on accueille vos nouveaux chefs !? Il faut montrer à Mosin et Nagant qui sont les Rifles ! »
Au bout de trois secondes, une clameur immense se fit entendre. Nagant et Mosin sourirent.
« Je sens qu'on va enfin s'amuser un peu. »
Sa sœur resta silencieuse, toujours souriante. Barett continuait à chauffer le gang, qui continuait d'accueillir leurs nouveaux chefs avec des clameurs. Au bout de quelques minutes, ils se séparèrent avant que leurs poursuivants ne deviennent trop nombreux et qu'il ne soit impossible de les semer.



* "Rifles" veut dire fusils en anglais.
Dernière édition par San999 le Jeu Fév 09, 2012 12:26, édité 1 fois.
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Messagepar PaPoY » Lun Aoû 27, 2007 23:38

cool :D bravo encore ptite question combien prevoies-tu de chapitres ?
Vivement la suite :!:
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PaPoY
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